Cordoba (Argentine)
Lundi 22 avril
Nous sommes réveillés brusquement à 3h… le bus est en panne !… il faut descendre… nous qui pensions être à l’abri de ce genre de mésaventure dans ce beau bus, sur cette belle route… la mala suerta bolivienne des transports nous poursuit. A quelle divinité des chemins de l’altiplano avons-nous déplu ? Bon, ici au moins un autre bus nous attend au bord de la route, il n’y a qu’à se transborder d’un pullman à l’autre, un peu moins confortable. Nous nous rendormons tant bien que mal calés sur nos sièges toujours trop étroits pour la nuit. A 7h, nouvel arrêt, por el desayuno… Il pleut, le petit déjeuner est compris dans le prix dans un restaurant de bord de route… Nous apprécions. Nous roulons la moitié de la matinée sous la pluie, dans un paysage de plus en plus vert et campagnard ; le chauffeur nous passe des dessins animés, jusqu’à notre arrivée, à 10h30 à Cordoba, la deuxième ville de l’Argentine. Le terminal est loin du centre, nous laissons nos sacs à la consigne et cherchons un hôtel à mi chemin entre le centre et le terminal, sous les conseils éclairés de notre « handbook ». Nous finissons par atterrir au « Soledad » (tout un programme…), pas cher et plutôt confortable. Nous avons pour la première fois un confort digne des hôtels européens, avec serviettes et petits savons dans la salle de bain. Nous partons faire un tour en ville et cherchons à changer dans les casas de cambio. Toutes refusent, c’est un peu la crise en Argentine et aucune ne veut changer des dollars aujourd’hui… les traveler’s, n’en parlons pas… Notre séjour en argentine risque vraiment d’être écourté si cela continue comme cela. Bon, on prend notre mal en patience, on se balade, on se perd dans les rues piétonnes, on voit un grand type qui passe devant nous… C’est Fréderic, celui que nous avions rencontré à Huaraz, le berger des alpages… On va boire un café ensemble. Il loge depuis un moment chez une « amie » de Cordoba qu’il a rencontrée. Il essaie de faire un peu de business, de revendre « cher » aux Argentins des tapis péruviens. Il repart demain pour la Bolivie et Lima. On se donne rendez-vous pour le soir chez sa copine. Entre temps nous retournons au terminal récupérer nos sacs et nous renseigner pour Mendoza une station en plein cœur des Andes centrales argentines. Le type de l’agence promet d’essayer de nous aider à changer des traveler’s jeudi… on verra bien. J’essaie de vendre mon deuxième appareil photo, le « baroudeur », dont on se sert très peu en fait pour nous faire du liquide… en vain. Un photographe à qui je me suis adressé me signale une agence de voyage qui change. Et ça marche ! Le patron, très sympa nous offre un assez bon taux. Il est aussi marchand d’oiseaux, mais il ne possède pas actuellement de perroquets, il paraît que ce n’est pas la saison pour les jeunes. Un petit tour à l’hôtel, une douche et nous voilà devant chez Christina. Un immeuble bourgeois. Le gardien nous refuse d’entrer, nous dit qu’elle n’est pas là, que nous devons partir, ne nous laisse même pas sonner. Nous attendons 5mn et… ils arrivent tous les deux. Nous montons ensemble. Christina est charmante et nous reçoit avec un bon dîner. Le vin, le dulce de leche et la musique finissent de nous charmer. Nous apprenons ici la coutume locale du « maté de hierba », tisane d’herbes digestives de la pampa, servie bouillante dans une petite calebasse et que chacun boit à tour de rôle à travers une tige de métal terminée par un filtre. Nous discutons et partons à 1h passée. Les rues sont désertes, je me repère tans bien que mal pour retrouver l’hôtel. On se rend compte qu’un type nous suit, Véronique commence à flipper, moi je n’en mène pas bien large non plus. Au détour d’une rue on se met à courir… et nous arrivons à l’hôtel… Ouf ! Plus qu’à nous affaler sur le lit…
Mardi 23 avril
Nous retrouvons Fréderic à la poste. J’envoie un petit colis de pellicules à développer en France par avion. Par contre, le gros colis pose à nouveau problème… il nous faut un certificat de désinfection pour le linge usagé qu’on veut renvoyer. Nous allons à l’adresse indiquée (à l’autre bout de la ville…). Un type regarde le colis, met un coup de tampon sur un papier, mais il faudra revenir demain à la poste (air connu…). Après, quelques courses dans un supermercado, balade et shopping dans les rues piétonnes, la journée se passe tranquillement…
Mercredi 24 avril
Nous fêtons nos trois mois sur le nouveau continent ! Notre paquet part sans plus de problèmes à la poste. Aujourd’hui aussi, nous flânons dans une grande ville aux airs mi-européens (population latine), mi américains (les artères et rues tracées au cordeau, à angle droit). Nous cherchons un marchand d’oiseaux, à l’affût d’un perroquet. L’idée à germée dans nos têtes (surtout la mienne depuis Rosa), mais ici pas d’oiseleur, nous attendrons le Brésil sans doute. Véronique, qui en a bien besoin, cherche, elle, un pantalon, mais c’est trop cher dans cette ville. Peut-être à Buenos aires. Le soir, pour fêter nos trois mois de voyage, nous allons manger une parrillada (assortiment de viandes et d’abats cuits sur un brasero qu’on nous apporte directement sur la table). Copieux et excellent. Promenade digestive et pas plus…
Jeudi 25 avril
Nous nous renseignons au terminal de bus pour une excursion dans la sierra au nord de Cordoba. Ce sera samedi. Nous assistons à la sortie des étudiants et des écoliers, tous en uniforme. Nous nous contentons de gnocchis ce soir.
Vendredi 26 avril
Aujourd’hui encore, nous rechargeons les accus. Une journée « farniente » de plus… Le téléphone public n’est pas trop cher, nous pourrons essayer d’appeler en France nos parents. Nous trouvons une agence qui accepte des traveler’s. Le soir, cinéma avec « killing fields », un film sur la guerre du Cambodge (« La déchirure » en VF…). Pas gai, mais très beau, toujours en VO, sous-titré en espagnol. La soirée se finit par une boîte de dulce de leche dégustée dans la chambre…
Samedi 27 avril
Debout aux aurores, pan y dulce de leche vite avalés, nous avons rendez-vous à 7h30 pour notre excursion touristique. Le chauffeur arrive à 8h, nous embarquons, seuls Européens, entourés de touristes argentins. Une vingtaine de personnes dans un petit car. Dès que nous sortons de la ville, le chauffeur fait des commentaires au micro. Ça nous change des transports habituels ? Je me croirais revenu dans les excursions pour les groupes du troisième âge que j’organisais pour la Maison de vacances pour laquelle j’étais animateur à Chamonix. Sauf que là, c’est moi le touriste… Nous roulons sur de bonnes routes goudronnées et abordons la sierra de Cordoba, petits contreforts des Andes, légère avancée vers l’est dans la pampa. C’est vert mais peu boisé, genre Alpes du sud. Le grand ciel bleu du matin se voile peu à peu. Nous traversons différentes localités touristiques, désertes à cette époque. Nous sommes totalement hors-saison, en automne austral, l’équivalent du mois d’octobre en France. Nous longeons des paysages bucoliques, une jolie rivière bordée de saules, le barrage et le lac de San Roque, Cosquin, La Falda, Cruz Chica. Nous sommes déçus par des paysages qui, mais on aurait dû s’en douter, sont loin de la splendeur des Andes péruviennes ou boliviennes. La balade a un petit air suranné. Comme de visiter ces vieilles stations balnéaires anciennement chics, mais un peu démodées. Cette région sert visiblement de villégiature aux bourgeois argentins de Cordoba ou de Buenos Aires. Nous avons droit à la visite d’un musée de minéraux (sympa, belles pierres), d’un parc d’attraction kitschissime, Los Cocos, avec labyrinthe, musée romain et colonial, patios espagnols et statues romantiques… Nous prenons le parti du second degré et d’en rire plutôt que de râler et critiquer… On trouve quand même un pot de bon miel, bon marché pour nos petits déjeuners. Puis arrêt déjeuner à La Capilla del Monte où on mange bien (c’est toujours ça), les empanadas (autre spécialité locale : des chaussons garnis de viande, de poulet, de maïs et autres légumes…) sont délicieux. Nous visitons des rochers érodés qui seraient magnifiques s’ils n’étaient couverts de graffitis (« Zapato Rock ! », « te quiero Alicia » etc.). Nous attendons un bon moment en compagnie d’un gentil petit âne. Puis reprenons le bus (sieste) jusqu’à Carlos Paz, une ville station balnéaire au bord du las San Roque. Il y a un grand nombre de théâtres, un immense coucou suisse sur une place et un télésiège que tous les autres prennent pour la vue sur le lac. Nous on préfère marcher sur la colline d’en face (chemin de croix) qui nous propose, j’en suis sûr une toute aussi belle vue… Il y a des voiliers et même une planche à voile sur le lac. Le vent se lève, les nuages s’accumulent, il fait très frais. Nous redescendons acheter des « alfajores », petits gâteaux locaux, genre pain d’épice, fourrés au chocolat, fruits et dulce de leche. Retour par une autoroute à Cordoba. Nous passons devant des casernes et même une usine d’avions militaires estampillée « Dassault », ces avions français qui ont bombardés avec des missiles français la flotte anglaise pendant la guerre des Malouines !... Rentrés à l’hôtel, nous décidons de ne pas passer trop de temps dans cette région et de tenter peut-être d’aller directement en Patagonie, où nous devrions retrouver un environnement plus dépaysant. On verra demain…
Dimanche 28 avril
Après un petit déjeuner gourmand avec miel, alfajores, dulce de leche…, nous allons à Entel téléphoner à nos parents. Pas de problèmes pour la communication, les nouvelles sont bonnes, tout le monde va bien, nous sommes content d’entendre des voix de chez nous. Les parents de Véronique viendront sans doute nous rejoindre à la fin de notre périple, en Martinique. Quant aux amis de Véronique, Sylvie et Eric, ils confirment qu’ils viennent à Rio, pour le 15 juin. Rendez-vous est pris, nous devons y être à cette échéance. D’ici là, la libertad pour notre itinéraire en Argentine. Aucun courrier ne nous a été posté à Mendoza. Nous décidons de faire l’impasse sur cette station du centre des Andes argentines et de descendre plus au sud voir l’automne à San Carlos de Bariloche, Patagonie. Aussitôt décidés, aussitôt au terminal de bus pour réserver nos places. Départ demain à 12h30. L’après-midi nous nous promenons le long de la Caňata, joli canal bordé de grands arbres et traversé de ponts de pierres, qui traverse la cité de part en part. Nous allons jusqu’au Paleo del Arte où se tient un marché de l’artisanat tous les weekends. Les vendeurs commencent juste à installer leurs échoppes. Véronique trouve un pantalon de toile bleu sympa et pas cher. Elle va pouvoir remplacer le sien, usé jusqu’à la trame. Elle va l’essayer… chez les gens qui habitent à côté. Un vieux monsieur se tient là avec des chats et des chiens aux noms étranges à qui il déclare apprendre le latin. Véronique achète une ceinture en cuir puis un ocarina en céramique de style précolombien. Il n’a pas l’air de jouer très juste… Quelques friandises et un coca avant de rentrer. Un bon steak et quelques alfajores avant de se coucher…
Lundi 29 avril
Préparatifs, sacs, adieu le pantalon usé, payer l’hôtel, changer 100$, la routine… Véronique nous achète des mille feuilles dans une pâtisserie. A midi nous sommes devant le bus pour la Patagonie ! Il est beau et flambant neuf ! Nous partons à peu près à l’heure, heureux présage ? Pas d’hôtesse, pas de télé, pas de service à bord, ça va être long, mais si on ne tombe pas en panne, c’est l’essentiel. Un paysage de cultures sur fond de montagnes lointaines défile derrière la vitre. Nous traversons au début beaucoup d’agglomérations, quelques villes assez grandes, puis les habitations se font plus rares. Nous arrivons dans la pampa, immense, plate, des plantations, des champs, puis des prairies à perte de vue sur des centaines de kilomètres. A 21h nous faisons une halte à Santa Rosa. Gros et bon (et cher !) steak de la pampa au menu. Dodo dès repartis…
