Sucre
Jeudi 4 avril
Aujourd’hui, ça y est, nous partons à Sucre. Lever aux aurores, petit déjeuner sur le pouce, nous bouclons les sacs. Le vieux monsieur qui tient l’hôtel se lève à peine et nous ouvre en baillant… A 6h45 nous sommes à la gare. Il y a déjà un peu de monde. Il n’y a plus qu’à faire la queue au guichet. Il fait froid, le ciel est couvert. Nous entamons une discussion avec les gens autour de nous, des locaux mais aussi des Norvégiens et des Américains qui travaillent et vivent ici. Les guichets ouvrent enfin, à 8h30. Je réserve deux places en « pullman », la classe ! Le train arrive à 9h30, des images de Tintin (le temple du soleil) surgissent dans mon esprit. Il vient de La Paz, il est bondé, mais notre wagon se vide miraculeusement… mais pas complètement. Nous pouvons nous installer sans problèmes. Il démarre (très lentement) à 10h. La pluie se met à tomber, le paysage en devient morne dans un brouillard continuel. Nous traversons quelques villages, le train s’arrête une heure le temps qu’un autre train passe en sens inverse et puisse nous croiser (voie unique). Nous achetons du maïs grillé et du fromage à des vendeurs ambulants qui se postent le long de la voie. Après un trajet sans histoires le train s’arrête une dernière fois, à 3km de Sucre, pour récupérer un wagon supplémentaire, sans doute pour le retour… Après des manœuvres, visiblement difficiles et qui nous semblent interminables, le train peut enfin débarquer en gare de Sucre. Il est 16h30. Les deux Américains nous proposent de les accompagner à un hôtel qu’on leur a conseillé. Nous les suivons jusqu’à l’Alojamiento « Sul Tamista ». C’est plus cher qu’à Potosi mais n’oublions pas que nous sommes ici à la capitale ! Le cadre est sympa, bâtisse coloniale blanche avec un patio, des jolies plantes et Rosa ! C’est le coup de foudre immédiat entre elle et moi ! Elle est très belle mais un peu bavarde… c’est une véritable amazone… à tête bleue, au plumage vert éclatant, un perroquet très sympa et peu farouche, qui accepte de se laisser câliner et vient se percher sur mon épaule. Nous laissons Rosa pour nous installer et partons faire un tour en ville. La ville est belle de facture coloniale notamment le place 25 de mayo entourée de grandes maisons toutes blanches. Tout est blanc… C’est la semaine sainte et nous avons du mal à trouver un restaurant ouvert. Nous trouvons une soupe et des sandwiches au marché près de l’hôtel. Une dame nous y aborde pour nous proposer de visiter sa boutique d’artisanat. Il y a de très belles choses, surtout les mantas, mais plutôt chères. Nous promettons de revenir demain après-midi. Puis nous décidons de nous faire une soirée cinéma. Deux films au programme « les sous-doués en vacances », en français dans le texte… mais le son est si mauvais que je devais parfois lire les sous-titres en espagnol pour comprendre… ensuite plus sérieux, « Kramer contre Kramer », en anglais. Bon film, mais il manque des scènes coupées par la censure… Nous rentrons tard à l’hôtel, la porte est close ! Nous devons frapper plusieurs fois pour que le jeune gardien de nuit vienne nous ouvrir en baillant… Vite au lit, il fait froid encore ce soir malgré le fait que nous soyons 1000m plus bas qu’à Potosi ou La Paz…
Vendredi 5 avril
Rosa nous assure un réveil matinal en fanfare… en parlant et jacassant à tue-tête… On reste quand même traîner au lit. Petit déjeuner à l’européenne, chocolat chaud et tartines de confiture. Je veux prendre une douche vers 11h, pas d’eau chaude… elle est coupée entre 9h et 17h… il faudra que j’attende ce soir. Après une séance de lecture et une petite sieste sur la terrasse (on est vraiment fatigué !...), nous sortons vers 15h. Le ciel bleu est au rendez-vous, il fait chaud. La ville resplendit sous le soleil. Nous rencontrons les Américains de hier, Ric & Kellie, ils veulent aussi se rendre au magasin d’artisanat. Nous y allons ensemble, mais pour trouver porte close. Nous partons nous promener dans les hauteurs de Sucre. Nous passons devant une très belle ancienne maison de maître coloniale, malheureusement très délabrée. Puis nous arrivons devant une des nombreuses et belles églises de la ville. De la place, nous avons une très jolie vue sur la cité. Il y a beaucoup de campesinos endimanchés sur la place qui attendent la messe du vendredi saint. Je prends discrètement des photos mais mon appareil se bloque ; plus moyen de fermer le diaphragme… Nos Américains nous indiquent un bon réparateur à Santa Cruz. On verra ce qu’on peut faire avant… En attendant il faut que je m’arrange en prenant des photos à une vitesse correspondant à la plus grande ouverture du diaphragme, sinon ce sera très surexposé. Nous redescendons, le magasin d’artisanat est toujours fermé (jour férié ? ils sont à la messe ?). Heureusement, la douche de l’hôtel, ça y est, elle est bien chaude. J’ai un coup de soleil sur le ventre dû à ma sieste de ce matin. Ric & Kellie nous amènent manger une pizza, ils connaissent une bonne pizzeria… qui est fermée aussi ! bad luck today ! On se rabat dans un petit restaurant qui se révèle pas très bon et pas très sympa… Bon… Nous rencontrons à l’hôtel 3 Français et un Québecois qui viennent d’arriver. Ils viennent du Brésil via Santa Cruz. Il y a un couple de Bordelais qui on l’air plutôt en froid… Les Américains vont acheter du vin bolivien (et oui ça existe !) dans une épicerie et nous proposent de le partager sur a place de l’église qui domine la ville. Le Bordelais Eric vient avec nous. Il apporte verres et tire-bouchon. Il fait bon, la ville illuminée s’étend en dessous de nous, sur la place, les paysans venus pour la semaine sainte s’installent pour dormir. Nous discutons avec Ric et Kellie qui nous racontent leur vie de profs dans une école américaine à Santa Cruz. La discussion se finit très tard dans leur chambre (musique, vie en France aux USA, voyages…), puis on s’écroule dans le lit…
Samedi 6 avril
Grosse flemme aujourd’hui. Nous traînons jusqu’à 10h00 puis accompagnons nos Américains qui doivent prendre l’avion pour Santa Cruz à midi. Nous visitons au passage une boutique de mantas. Nous en trouvons deux anciennes, très belles pour un prix abordable. Nous quittons nos amis après qu’ils nous aient laisser leur adresse à Santa Cruz. Cet après-midi tout est fermé, il fait chaud ; nous restons dans la patio discuter avec Rosa, qui m’a adopté mais rejette Véronique comme paraît-il toutes les femmes… Rosa monte sur mon épaule et se fait caresser le cou, Véronique prend une photo. Au dîner, nous trouvons une pizzeria sympa « Napolitana », tenue par des jeunes, bonne musique, bonnes pizzas… Balade digestive sur la place, un peu harcelés par des « Tarabuqueňos » qui veulent nous vendre des mantas et ponchos, hors de prix… Une jeune vendeuse de chips nous aborde. Elle est très jolie et pleine de fraîcheur. Elle nous propose de venir écouter de la musique chez elle demain. Elle, ses frères, ses sœurs, tous jouent d’un instrument. Rendez-vous est pris devant les lions de Sucre à 20h30 demain. Un petit refresco et à demain.
Dimanche 7 avril
Lever à 6h00, nous partons à Tarabuco avec nos collègues français. Nous allons ensemble à l’endroit où le bus est sensé passer. Esperamos, en Bolivie le double sens de ce mot prend toute sa signification !… Nous finissons par trouver un camion qui y va. On s’installe tous tans bien que mal dans la benne, assis sur le rebord et ça démarre. On charge comme d’habitude un tas de trucs en route, notamment deux Québecois bien sympas eux aussi. Le paysage nous fait oublier l’inconfort du camion, campos, montagnes, sous le soleil, dans la poussière et les cahots. Au bout de trois heures de piste, nous sommes fourbus et couverts de poussière, mais nous arrivons au village indien de Tarabuco, en pleine montagne. Mais, pas de chance, le fameux marché du dimanche n’a pas lieu parce que c’est jour de Pâques. Les Tarabuqueňos sont là tout de même vêtus depuis 400 ans de ponchos bariolés et de chapeaux calqués sur les casques des conquistadores espagnols du XVIe siècle. Je prends des photos. Nous prenons un bon almuerzo, faisons le tour du pueblo, très beau mais aussi très petit. A 15h00, nous reprenons un petit bus qui se remplit, se remplit… au moins 40 personnes pour 25 places… Ca repart dans l’autre sens, moins de poussières mais toujours pas très confortable. Retour cahotant à Sucre. Après une bonne douche, une bonne bière, une bonne pizza, je me présente à mon rendez-vous. Ma jolie Bolivienne m’attend aux pieds des lions. Je retrouve avec elle la « bande » à la pizzeria et nous allons chez elle, en haut de la ville. Elle est accompagnée de son petit frère Mario de 10 ans. Nous entrons tous dans leur modeste maison et écoutons d’abord la grande sœur chanter en s’accompagnant du charengo, puis Mario qui accompagne les deux sœurs au chant. Moments assez magiques. Ils jouent tous dans des groupes divers, le grand frère absent a une renommée nationale et fait des disques. Nous restons un moment à discuter musique et culture et prenons congé.
Lundi 8 avril
Les vocalises de Rosa nous assurent le réveil, mais nous traînons un peu au lit. Nous partons à la recherche d’un photographe qui voudra bien essayer de réparer mon appareil photo. Après de nombreux refus nous finissons par en dénicher un qui accepte de regarder. Il nous donnera sa réponse demain matin. Nous passons à la gare, en principe nous avons un train jeudi pour Potosi. Nos quatre Bordelais s’en vont aujourd’hui. Ça n’est pas plus mal car le couple n’arrête pas de s’engueuler…Bon, on se balade un peu en ville, sandwiches sur le pouce, nous rentrons à l’hôtel faire de la lessive… Véronique se fait attraper par la vieille dame qui tient l’hôtel, elle trouve qu’on utilise trop d’eau… Elle finit par se calmer, mais aussi par nous couper l’eau… Son mari est malade, s’en doute d’un excès de boisson hier soir… passons… Nous partons poster du courrier et, pour la première fois, à la poste, on nous donne des vrais et beaux timbres… Ce sera tout pour aujourd’hui.
Mardi 9 avril
Mauvaise journée aujourd’hui, la nuit fut courte grâce à Rosa, la « mémé » nous fait toujours la gueule, Le photographe nous dit de revenir cet après-midi, nous revenons à 14h, il est fermé, il arrive enfin vers 15h, nous dit qu’il ne peut pas réparer avant lundi. Nous n’avons plus grand chose à faire ici à Sucre et choisissons d’attendre l’Argentine pour réparer… Ce soir nous allons à l’Alliance française où on nous avait dit qu’ils passaient un film… mauvaise pioche, c’est demain ! Il ne reste plus qu’à aller se coucher… La chanson d’Higelin me trotte dans la tête : « c’est dur aujourd’hui peut-être, demain ce sera vach’ment mieux… ».
Mercredi 10 avril
Bon, déjà on a mieux dormi… Nous allons acheter nos billets de train pour demain. Départ 6h ! Après un bon jus de fruit dans une échoppe près de la gare tenue par une jeune femme jolie et sympa, nous décidons de nous rendre dans un village voisin, Yotala. Un bus part tout de suite. Derrière nous deux Blacks qui parlent un créole français, visiblement des Haïtiens, ils ne nous engagent pas à entamer une conversation avec eux, nous n’en saurons pas plus. Le bus cahote sur une mauvaise piste pendant une heure et nous arrivons dans un village sans aucun intérêt… On se balade un peu dans le village et la campagne avoisinante, nous buvons une chicha puis attendons une heure un bus pour le retour… Une bonne douche, une excellente pizza arrosée d’une bonne bière nous revigorent… Je passe un dernier long moment à calîner et converser avec Rosa avant d’aller me coucher… il me faut absolument un compagnon comme elle, il paraît qu’on peut trouver des Amazones pas trop chers au Brésil…

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