Retour à Potosi
Jeudi 11
Debout à 5h, petit déj’ rapide, fin des sacs, on part à 6h, nous marchons dans des rues désertes. A la gare, miracle ! le train est là ! J’ai réservé deux places dans le wagon n° 1458. Nous parcourons tout le train dans un sens puis dans l’autre, pas de wagon 1458… Je me renseigne, les réponses sont vagues, peut-être qu’il va être accroché en queue de train… Le train est sur le point de partir… à l’heure et nous sommes sur le quai. Un contrôleur finit par nous dire que le wagon est resté en rade à Potosi. On saute dans la première voiture, bondée évidemment… Et là je m’énerve, j’engueule ceux qui rigolent… on finit bon an mal an par s’installer sur des couvertures posées sur des casiers à bouteilles au fond à côté de la cuisine. Le serveur nous demande de partir et là on refuse… ambiance ! On s’accroche à notre inconfortable place, le train démarre… Véronique prend son sac « bolsa », il est coupé au rasoir sur trente centimètres… dans la confusion et la bousculade de la montée un petit malin en a profité. Nous fouillons, il manque le walkman mais le matériel photo est toujours là. Le reste du trajet se déroule comme dans un (mauvais et très long) rêve ; il pleut, on ne voit rien, le train s'arrête tous les quart d'heure, l'inconfort est au maximum, nous mangeons des sandwiches à la charcuterie...Nous finissons par arriver vers 15h. OUF ! Vite notre hôtel ferrocarril... Nous sommes très bien accueillis par notre couple d'anciens. Nous récupérons nos gros sacs. Nous retrouvons nos quatre Français de Sucre, dont le couple d'enfer... Ils viennent d'aller à la mine et sont tout crotteux. Certains ne possèdent qu'un seul pantalon, qu'ils doivent laver de suite. Ce qui fait que lorsque nous allons faire un tour en ville avec eux, ils se promènent en short et en poncho, ce qui leur procure un look certain... A la poste, deux lettres nous attendent, ainsi que le paquet tant attendu, contenant des pellicules et des médicaments. nous avons des nouvelles du pays d'il y a trois semaines. Le dollar a monté en flèche, nous changerons demain des devises. Nous décidons de quitter la Bolivie et de partir directement à Villazon, à la frontière de l'Argentine. On en a un peu marre des galères de transport... On aurait bien voulu aller à Uyuni, pour voir le salar, mais une expédition en 4X4, c'est pas dans nos moyens et les transports collectifs dans le désert de sel, ça doit pas être monnaie courante. Pas envie d'une galère supplémentaire. Nous rentrons à l'hôtel et trouvons nos routards français sur le départ. Ils voyagent en sens inverse du notre et monte à Oruro. Départ du train prévu au départ à 21h, annoncé à la gare à 2 ou 3h du mat'... Il fait froid, ils ne sont pas équipés pour attendre des heures dehors. Le guichet est fermé pour les remboursements et personne ne veut leur racheter leurs billets trop chers pour les locaux en classe pullman. Je m'arrange avec le pépé pour que je puisse aller leur ouvrir l'hôtel au cas où ils voudraient revenir. Je les accompagne à la gare et en profite pour acheter 4 brioches pour le petit déjeuner de demain. Il y a plus de choix qu'au marché en viennoiseries. Je rentre me coucher, pas le temps de s'endormir que j'entends frapper à la porte. J'ouvre à quatre frigorifiés. La salle d'attente était glaciale et pleine de gens couchés partout sous des couvertures... Un d'entre eux va se relever pour aller se faire rembourser les billets à 2h. Nous on dort.
Vendredi 12 avril
Nous sommes réveillés par le soleil, il fait chaud. Nous nous levons tranquillement. Grande lessive puis lecture et bronzage dans le patio. Je vais à la douane puis à la poste me renseigner pour envoyer un colis en France (avec tous nos achats, on commence à être chargés…). Le voyage dure de 3 à 4 mois, par train jusqu’à Buenos Aires puis par bateau. La postière est en train de déguiser et de maquiller sa petite fille. Elle nous explique qu’à 15h il y a une grande fête des enfants. Je redescends à l’hôtel et nous préparons un sac pour l’expédier. Véronique commence à coudre le tissu qui entoure le colis puis nous décidons d’aller voir cette fiesta de los niňos. Mais nous avons beau parcourir les rues de Potosi, nada ! Pas de farandole ni d’enfants… J’ai dû mal comprendre… Bon, Véronique va finir sa couture et moi je file au terminal de bus me renseigner sur les départ de bus pour Villazon. Il y en a tous les jours… nous partirons dimanche soir. A 17h30 Véronique a fini de coudre. Nous laissons une ouverture car il faut passer à la douane avant la poste pour qu’ils vérifient le contenu avant de l’expédier. Mais là, pas de balance pour peser… or, si ça fait un peu plus de 5kg, on paie le double, comme pour 10kg. Il faut donc qu’on pèse à la poste, qu’on retourne à la douane fermer le paquet, puis de nouveau à la poste pour l’expédier… et la douane ferme à 18h… et bien sûr est fermée le week-end. Je pars en courant à la poste, qui est en train de fermer. La postière accepte en maugréant de peser le paquet : 5kg100 ! J’enlève une paire de chaussettes en laine de lama… juste ! Le douanier a promis à Véronique qu’il serait là demain matin à 9h… on verra. Je suis crevé par tous ces allers retours. Ça monte et on est à 4000m quand même ! Un bon steak à la moutarde au Scaramush et au lit.
Samedi 13 avril
De bon matin (9h…), je fais le pied de grue devant la douane… fermée, personne en vue… Un quart d’heure plus tard, alors que je m’apprête à partir, le douanier arrive avec sa femme. Il me dit qu’il y a un gardien, que c’est lui qui peut nous ouvrir. Il lance deux cailloux sur les volets, personne ne vient ouvrir. Bon, il me dit que le gardien s’est absenté, qu’il ne faut pas s’inquiéter, il me redonne rendez-vous à midi. Je rejoins Véronique pour le petit déjeuner, à base de brioches achetées hier au terminal de bus et de café. Puis notre sport favori en Bolivie : trouver un changeur pour nos dollars au noir… On échange cette fois dans un magasin à 155 000 pesos pour un dollar… moyen, on pensait trouver pour 165 ou 170… Le type du magasin nous raconte qu’il est allé en Espagne pour le mondial de foot en 82 et qu’il est passé à Paris… « Pigalle, cosas seriosas… » nous lance-t-il avec un clin d’œil… A midi, même topo à la douane, toujours personne… OK, on va être obligés d’attendre lundi pour expédier le colis puis prendre un bus pour l’Argentine. L’après-midi, farniente à l’hôtel. Nos collègues ont tenté d’aller à Tarapaya, pour es sources d’eau chaude… rien, pas un bus, pas un camion, pas le plus petit des pick-ups… La galère habituelle des transports… Après un goûter de beignets au miel délicieux, nous retournons au terminal de bus prendre deux billets pour Villazon, lundi , départ 17h. On en profite pour acheter encore des bonnes brioches et du pain qu’on ne trouve qu’ici. A l’hôtel nous apprenons que les autres Français sont partis pour La Paz. C’est samedi, nous sortons manger une pizza sur la place. Il y a une fanfare et ils servent du « leche de tigre », à base d’alcool le « singani » et de lait chaud. C’est bon et ça réchauffe avec le froid et les coups de soleil… On achète par signes des bonbons à une petite fille sourde, elle nous en offre un de plus. Nous rentrons en flânant.
Dimanche 14 avril
Cool pour notre dernière journée en Bolivie… Grasse matinée, le gaz rend l’âme en faisant le thé, on en trouvera j’espère, en Argentine. Les brioches sont toujours aussi bonnes… Pas de galère de transport ou d’administration aujourd’hui, juste bronzage au soleil dans le patio, lecture, un peu de lessive, sieste, beignets au miel… et puis un dernier orage déverse ses trombes sur le linge qui sèche qu’on rentre précipitamment. Après l’orage, une promenade à la tombée du soir un petit dîner, lecture au lit et bonne nuit.
Lundi 15 avril
Cette fois, c’est pour de bon, nous quittons la Bolivie, pays magnifique mais trop galère côté transports… Nous espérons un peu plus de prévisibilité et d’organisation en Argentine ou là, c’est l’immensité des espaces (8 fois la France), et la longueur des distances qui risquent de nous fatiguer, un bon entraînement pour le Brésil (16 fois la France !...). En attendant nous faisons pour la énième fois nos (gros) sacs, méticuleusement, pour que tout rentre. Puis nous filons à la douane… c’est ouvert, ça ne prend que quelques minutes, Véronique peut finir de coudre sur place le paquet enveloppé dans du sac de riz en grosse toile. Puis, le tampon de la douane apposé, nous retournons à la poste. Et là, le tarif a doublé depuis vendredi ! Le ton monte, rien à faire, la postière n’en démord pas. Nous rentrons découragés, mangeons un morceau puis on y retourne… On discute encore, on demande à voir un responsable, on gagne par abandon… elle accepte de nous faire le tarif annoncé pour 5kg. Ouf ! 5kg de moins dans les sacs, ça soulage ! Nous revoyons un jeune Péruvien qui voyage comme nous (et oui, ça existe les autochtones qui font la route, c’est comme ça que Che Guevara a commencé…), et que nous avions déjà croisé à Oruro et à Sucre. Avec un copain, ils ont bourlingué partout en Amérique du sud et ils sont très sympas. On discute un moment de voyage, de politique, des démocraties qui se développent ici après les dictatures des années 50 à 70… On se reverra peut-être en Argentine ou au Brésil ils suivent un peu le même circuit que nous. Mais pour des Péruviens c’est compliqué de passer en Argentine, l’immigration surveille les entrées de gens qu’ils soupçonnent de vouloir travailler et s’installer illégalement… ça nous rappelle quelque chose… Bueno, ¡ hasta luego ! Nous filons au terminal de bus. La jeune femme de l’agence de voyage nous gratifie d’un beau sourire et nous annonce que le bus que nous devons prendre est en panne sur la route de La Paz… et rajoute qu’elle nous a pris d’autres billets à une autre agence… on l’embrasserait presque… On attend au soleil et à 17h, le bus est là. Il démarre, Potosi et le cerro nous offrent une ultime vue au couchant. Nous croisons des troupeaux de lamas. Comme un condensé de clichés de la Bolivie. Demain nous serons en Argentine mais toujours dans les Andes. Il y aura encore des lamas et des Cholos. En attendant, la nuit tombe, la piste se fait cahotante et nous berce…

0 Comments:
Post a Comment
<< Home