Potosi
Vendredi 29 mars
Le bus s’arrête à nouveau vers une heure du mat’. Un disque (de quoi ?...) est cassé. Le bus ne peut pas monter la côte vers Potosi. Il faut retourner à Oruro ! Le bus fait demi-tour et repart dans l’autre sens. Ça gueule, les gens demandent qu’on les rembourse. On roule une heure. On s’arrête dans un petit village ; cette fois c’est cassé pour de bon. Nous sommes à un carrefour et le chauffeur nous dit que des bus de
Samedi 30 mars
Journée farniente, « porque estamos muy cansados… »… Grasse mat’, petit déj’ à midi (petits pains au miel, chocolat chaud). Dehors il pleut toujours à verse. Nous écrivons notre courrier au chaud. Il s’arrête de pleuvoir vers cinq heures. Nous mettons le nez dehors. Balade au gré de nos recherches pour trouver du pain pour demain. Le soir nous goûtons un « picante de pollo » (spécialité locale) très bon, puis des « confites de mani » (cacahuètes enrobées de sucre), pas mauvaises non plus. ¡ nada mas !
Dimanche 31 mars
Tentative pour prendre le train : épisode 4 ; cette fois nous voulons aller à Sucre… Je descends à la gare à 8h… Le guichet est fermé, mais il y a déjà une bonne file d’attente. Ils doivent ouvrir à 9h… A 9h45, ça ouvre… le type passe sa tête et hurle « pas de billets pour demain, une heure avant le départ !... » Tout le monde râle et repart… la suite au prochain épisode… Le reste de la matinée se passe devant un petit déjeuner copieux que Véronique m’a préparé puis à faire notre lessive. L’après-midi, nous montons à travers les ruelles pavées jusqu’au sommet de la ville. La vue est très belle. Les terrils et la montagne dénudée par les mines apportent des couleurs rouge et ocre qui contrastent avec le ciel bleu profond d’altitude (on est à nouveau à 4000m). Une fois rentrés, je m’aperçois que mon appareil photo a un problème. Le diaphragme ne se ferme plus, toutes les photos sont prises à pleine ouverture, il y a de la surexposition dans l’air ! Le problème aussi, ça va être de trouver un réparateur ! Il nous reste un autre appareil, un compact étanche, mais il ne fera pas d’aussi bonnes photos que le reflex… A suivre… Nous rencontrons un Hollandais qui nous recrute pour une visite d’une mine demain. OK, Sucre ce sera dans deux jours. C’est un prêtre belge qui organise les visites, dont les bénéfices vont à une association qui s’occupe des mineurs et de leur famille, quand ils sont à la retraite ou victimes de la silicose. Coucher tôt, demain on se lève tôt.
Lundi 1er avril
Lever à 6h, il fait encore nuit. Le temps est au beau. Thé à la cannelle. On rejoint notre Hollandais qui n’a pas l’air en forme. Il a été malade toute la nuit. Départ en taxi jusqu’à la paroisse « conception » du père belge. Il nous accueille chaleureusement. Deux filles suisses, Dominique et Fabienne se joignent à notre groupe. Puis arrive Victor, notre guide. Il n’a pas l’air d’être au courant de notre rendez-vous et part se changer… Le père nous prête des lampes. Victor revient et on peut partir à la mine. En chemin Victor nous fait acheter des feuilles de coca pour offrir aux mineurs. La coca a des vertus anesthésiantes, coupe-faim, c’est bon aussi pour le mal de l’altitude et ça permet de travailler toute une journée au fond de la mine sans manger ni boire ni dormir… Ils en prennent une poignée qu’ils mettent dans la bouche et mâchent sans arrêt. Nous montons ensuite dans un camion avec des mineurs. Il nous dépose au bas de la mine, il faut encore monter 20mn pour y accéder. Nous discutons en chemin avec Victor ; il a 43 ans, il ne peut plus travailler comme mineur, il a la silicose à 75%... c’est incurable à partir de 50%... Cette maladie est due aux poussières qui s’infiltrent peu à peu dans les poumons… Victor s’est arrêté il y a 5 ans, après 22 ans de mine… Il a 8 enfants et vit maintenant de petits boulots, dont ce job de guide pour les touristes. Il s’agit d’une mine privée, louée par une coopérative de mineurs, après que l’état l’ait abandonnée car plus assez rentable… Les conditions de travail y sont encore plus dures, car les mineurs sont payés au rendement. Les conditions de sécurité sont nulles, pas d’infirmerie, pas d’électricité… Ces mines sont très anciennes, exploitées par les Incas, puis les espagnols, pour l’argent d’abord, qui a assuré la richesse de Potosi pendant toute une période, puis pour l’étain, ressource principale aujourd’hui (on trouve aussi du plomb et du zinc). La mine que nous visitons est toujours exploitée, les mineurs sont à l’entrée, les joues gonflées par la coca. Ils se préparent, ils n’entrent dans la mine qu’à 11h. Nous mettons les casques et Victor nous fait entrer. D’abord 400m d’une galerie large, haute et horizontale. C’est la galerie principale, munie de rails où le minerai est évacué sur des wagonnets. De part et d’autre partent d’autres galeries qui suivent les filons, beaucoup plus étroites ; elles montent ou descendent jusqu’à 400m en dessus ou en dessous ; le minerai y est chargé à dos d’homme. Nous en empruntons une jusqu’à -200m. La descente est glissante, nous côtoyons des puits profonds, munis de barreaux d’échelle en bois. Alphonso le Hollandais est très malade et les trois filles commencent à ne pas être très rassurées. L’air (4000m d’altitude et -200m sous terre…) commence à se faire rare…Ils décident de s’arrêter et de faire une pause. Victor m’entraîne jusqu’au bout de la galerie, à -400m. Là, sur une espèce d’autel improvisé, se dresse un « diablo », dieu de la mine en argile rouge recouvert d’offrandes (cigarettes, bouteilles, banderilles, fleurs, nourriture etc.). La mine, c’est « Pachamama », la déesse mère. Les femmes n’y ont pas le droit de travailler sinon il y aurait de la rivalité et de la jalousie et la mine produirait moins… Nous remontons à fond de train et rejoignons les autres. Nous sortons de la mine et croisons les mineurs qui vont y travailler, la chique de coca à la joue. J’aimerais les accompagner, rendre compte par mes photographies de leurs conditions de travail, mais Victor refuse car trop dangereux (dynamite, gaz, effondrements… menacent quotidiennement les mineurs). Nous nous retrouvons à l’air libre et je me rends compte que j’ai un gros trou dans mon pantalon… à force de descendre sur les fesses ! Nous rejoignons la route et prenons congé le cœur serré de notre gentil guide. Que c’est dur la mine ! Il faut lire ou relire « Germinal » de Zola ; ici, ils y sont encore… Nous rentrons tranquillement à pieds, avec les deux suissesses. Alphonso, lui, prend un camion pour le dispensaire de la paroisse où officie un médecin, belge lui aussi. Au passage nous pouvons observer le travail du minerai, une fois celui-ci extrait. Lavage, filtrage, triage, avant de passer à la fonderie. A la paroisse, nous prenons un verre avec un voyageur belge qui arrive du Brésil et d’Argentine. Il suit pratiquement notre itinéraire dans l’autre sens… Nous rentrons déjeuner en ville puis une bonne douche et une bonne sieste à l’hôtel. Nous sommes sales et fourbus. A 17h, nous ressortons faire un tour en ville. L’orage revient en déluge. Nous nous offrons des steaks au « Scaramush », un des bons restaurants de Potosi.
Mardi 2 avril
On émerge à 10h… Il fait beau mais les nuages s’accumulent très vite et l’orage revient. Nous faisons une lessive entre les gouttes. Nous finissons le bon miel de
Mercredi 3 avril
Ce matin il faut refaire les sacs. En enroulant comme d’habitude dans le duvet une belle potiche achetée à Huaraz, j’appuie un peu fort et crac !... elle se brise… j’enrage, puis je ramasse les morceaux, on va essayer de la recoller. De retour à la gare, on m’apprend (épisode 5) que le train va avoir du retard. Il arrivera en fin de soirée (vers 20h) au lieu de 11h… on décide de prendre celui de demain… On achète de la colle et nous allons passer une partie de la journée à recoller les morceaux de céramique. A midi nous revoyons deux Français rencontrés hier à la casa de la moneda. Ils pensent faire la traversée Bolivie – Mexique en deux mois !... L’après-midi nous chinons au marché. Nous regardons les ponchos et les mantas, belles et chères ou bon marché et moches… L’orage nous surprend à nouveau. Nous avons du mal à trouver du pain à Potosi. Nous apprenons qu’en fait il y a une pénurie de farine dans toute

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