Argentine
Mardi 16 avril
Quelques arrêts dans la nuit nous font à peine ouvrir un œil. Au petit matin il fait très froid. Arrivée à Villazon, ville frontière, au lever du jour. Du terminal de bus à la frontière il n’y a que quelques minutes à pieds. ¡ Adios Bolivia ! ¡ Buenas dias Argentina ! Nous décidons de passer tout de suite la frontière. Un tampon de sortie au poste bolivien, un visa d’entrée sur nos passeports côté argentin et le tour est joué, nous sommes à La Quiaca. La rue principale est une large voie goudronnée, dans les boutiques il y a du pain ! et des produits européens. Nous changeons un peu d’argent : ici un dollar vaux 460 pesos. Nous prenons un ticket de bus pour Salta. Puis un petit déjeuner à l’européenne… un régal : du vrai café du pain beurré, de la confiture. Nous nous promenons un peu dans le village qui n’offre pas de véritable attrait. Les cholitas boliviennes viennent se ravitailler de ce côté d’abondance… pain, farine, beurre, viande. Côté bolivien, surtout depuis la grève il manque de tout. A 10h on se dirige tranquillement vers le terminal de bus. On est en avance… croit-on, car le bus est là, une file de gens commencent à y monter. On se renseigne… ce coin d’Argentine a 1 heure d’avance sur la Bolivie… il est en fait 11h, le bus doit partir ! Ouf, cette fois c’est nous qui avons failli rater le coche ! Enfin tout va bien, le bus attend que tout le monde soit à bord. C’est un grand bus comme chez nous aussi, avec même une jolie hôtesse pour nous placer. Il fait un grand ciel bleu sur les Andes argentines. Le bus démarre sur la belle route goudronnée, mais celle-ci fait vite place à la classique piste poussiéreuse. Le temps d’apercevoir un grand panneau représentant les îles Malouines où est inscrit « las Malvinas son argentinas » en grands caractères. La guerre contre l’Angleterre c’était il y a 3 ans, la rancœur de la défaite à l’air encore bien vive, les Anglais sont toujours interdits de visas… Le paysage est magnifique, la piste globalement descend de l’Altiplano à travers des vallées et des plateaux de plus en plus arides. Les lamas et les Indiens circulent toujours au bord de la route, mais c’est bien la région andine que nous quittons aujourd’hui, celle des Incas. Plus au sud, la population est plus « créole », plus européenne. Nous somnolons lorsque nous sommes stoppés à un check-point de la douane argentine. Et là, ça ne plaisante pas. Tout le monde descend, les sacs sont déchargés des soutes et c’est la fouille complète, des personnes, des bagages et du car. Ils cherchent manifestement de la cocaïne. Ça nous prend une bonne heure, puis on repart, les douaniers sont bredouilles et nous regardent partir derrière leurs ray-bans et leur 4X4. Nous roulons à vive allure sur la piste, la vallée s’élargit… et le pare-brise explose ! Le chauffeur a les mains tailladées… l’hôtesse s’improvise infirmière, soigne les plaies. On peut repartir, on peut se passer de pare-brise, au bout de quelques kms nous retrouvons une bonne route goudronnée. Heureusement il ne fait pas froid, soleil et altitude aidant… Le chauffeur s’abrite derrière ses lunettes de soleil et roule à vive allure. Le paysage change, du décor andain à celui d’un film mexicain, avec cactus géants, arbres épineux, terre ocre et rouge. Nous passons le tropique du capricorne pour la première fois. Nous descendons de plus en plus dans l’Hémisphère sud, jusqu’en Patagonie espérons-nous… En fin d’après midi nous arrivons à Jujuy, première grande ville depuis la frontière. Un arrêt bref et la route continue jusqu’à Salta. Nous sommes trop fatigués pour nous attarder sur le paysage. La nuit tombe. Nous arrivons à Salta à 20h30. La ville est grande, nos sacs sont lourds et nous sommes fourbus. Les arrivées le soir sont toujours un peu stressantes. Il faut trouver rapidement un hôtel. Nous avons toujours une petite liste glanée sur le guide du routard en Bolivie et au Pérou, mais maintenant nous sommes en Argentine. Il nous faut utiliser la bible du routard anglo-saxon, le « South American Handbook », que j’ai trouvé à Genève avant de partir. Gros et encombrant, mais des adresses sur tout le continent. Il va nous servir tout le reste de notre périple à travers l’Argentine et le Brésil. Bon, là ça va, nous trouvons un petit hôtel dans nos prix au bout de la rue piétonne. 2500 pesos la nuit, soit moins de 6 dollars… Nous sommes couverts de poussières (sans pare-brise…). Une bonne douche, un bon steak et adios…
Salta (Argentine)
Mercredi 17 avril
Après une bonne grasse matinée, nous partons explorer la ville, plutôt européenne et d’aspect bien plus riche que tout ce que nous avons vu dans les pays andains. Il y a des jolis parcs bien entretenus, les rues sont propres, nous traversons une rue piétonne pleine de boutiques en tout genre. C’est la profusion, attention au budget ! Ici le change se fait dans des « casa de cambio » officielles. Peu acceptent les traveler’s chèques ce qui ne nous arrange pas. Notre provision de dollars n’est pas énorme et il va falloir tenir…, la vie est bien plus chère ici qu’au Pérou ou en Bolivie, bien que bien moins encore qu’en France. Bon, on arrive quand même à changer des traveler’s puis nous faisons des courses dans un petit supermarché. L’après-midi nous faisons le tour des photographes pour trouver à réparer notre canon. Le matériel photo est hors de prix. On trouve un type qui répare pour 55$. C’est cher mais il sera prêt demain. Nous nous renseignons aussi pour les balades dans le coin. C’est plutôt cher (tours organisés), il n’y a pas de transports en commun ordinaire qui vont au Parc forestier El Rey, ou à Calafayate. Il va falloir restreindre nos choix et faire une belle visite par région traversée… En attendant, une pizza (très bonne, la communauté d’origine italienne est importante en Argentine…), et au lit.
Jeudi 18 avril
Le temps est gris, il bruine. Nous passons la journée à faire des allers retours chez le photographe qui n’a jamais fini… Nous visitons le marché artisanal à la sortie de la ville… Là, c’est bien moins beau et bien plus cher qu’au Pérou et en Bolivie… mais le marché lui-même est sympa, dans une belle bâtisse. Au soir, le canon est enfin prêt, réparé, nettoyé, comme neuf, visiblement du bon travail. Et il marche ! le diaphragme se ferme à nouveau correctement. Au dîner un ragoût au maïs, arrosé de vin argentin. J’achète une BD de Mafalda en VO. Super pour apprendre les expressions locales.
Vendredi 19 avril
C’est la galère ! Pas pour les transports, pour le fric ! Personne ne veut de nos traveler’s cheques ! De ce fait, nous n’avons que très peu de moyens… Adieu les visites de sites naturels et les restaurants sympas. Il va falloir se serrer la ceinture et surtout partir de Salta en espérant que dans les autres villes la situation soit meilleure… On va essayer Cordoba, la deuxième ville d’Argentine, si on ne peut pas changer là-bas, il ne nous restera plus qu’à quitter le pays au plus vite pour le Brésil. Bon, on n’en est pas encore là. Je change quelques dollars pour le quotidien et pour acheter nos tickets de bus. Nous voulons encore expédier un colis mais la douane est fermée jusqu’à lundi. Je m’achète quand même un petit sac en cuir pour mieux protéger le matériel photo. Dans ce pays d’élevage, le cuir n’est pas cher du tout. Le reste de la journée se passe à se balader en ville sous un temps maussade…
Samedi 20 avril
Promenade, achat des billets de bus pour Cordoba, Mafalda nous fait rire et nous remonte le moral…
Dimanche 21 avril
Il faut à nouveau faire les sacs… Nous devons quitter la chambre. Nous laissons nos gros sacs à la consigne du terminal de bus. Nous partons le soir pour rouler la nuit (économie d’une chambre d’hôtel…). Au terminal un gros type nous aborde. Il va à Tucuman demain en voiture et propose de nous y amener. Il a l’air sympa et on décide d’accepter. On discute un moment, c’est un Italien, patron de transport routier, il est très volubile et cherche manifestement des compagnons de route pour lui faire (ou plutôt écouter) la conversation sur la route. Il propose qu’on loge dans la pension qui l’héberge pour la nuit. Il nous parle de l’Argentine et nous vante San Carlos de Bariloche en Patagonie. Il faut absolument y aller… Nous retournons au guichet pour nous faire rembourser… et là, désillusion, ils gardent 30% du prix du billet. Nous préférons décliner l’invitation du monsieur… Nous le quittons à regret. La journée se passe en balade. Nous visitons le musée des beaux arts, situé dans une vieille maison coloniale, avec trois patios, magnifique. Le soir venu, nous nous asseyons dans le parc du musée pour un pique-nique sur fond de musique rock (c’est la remise des prix de l’école des beaux arts). Nous repartons au terminal prendre notre bus. Il faut payer un petit supplément pour nos sacs trop lourds… On embarque dans un superbe bus, avec tout le confort, hôtesse, caramelos, boissons et même un petit repas froid. Nous roulons sur une excellente route goudronnée. De quoi s’endormir très vite…

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