Saturday, May 15, 2010

Argentine

Mardi 16 avril
Quelques arrêts dans la nuit nous font à peine ouvrir un œil. Au petit matin il fait très froid. Arrivée à Villazon, ville frontière, au lever du jour. Du terminal de bus à la frontière il n’y a que quelques minutes à pieds. ¡ Adios Bolivia ! ¡ Buenas dias Argentina ! Nous décidons de passer tout de suite la frontière. Un tampon de sortie au poste bolivien, un visa d’entrée sur nos passeports côté argentin et le tour est joué, nous sommes à La Quiaca. La rue principale est une large voie goudronnée, dans les boutiques il y a du pain ! et des produits européens. Nous changeons un peu d’argent : ici un dollar vaux 460 pesos. Nous prenons un ticket de bus pour Salta. Puis un petit déjeuner à l’européenne… un régal : du vrai café du pain beurré, de la confiture. Nous nous promenons un peu dans le village qui n’offre pas de véritable attrait. Les cholitas boliviennes viennent se ravitailler de ce côté d’abondance… pain, farine, beurre, viande. Côté bolivien, surtout depuis la grève il manque de tout. A 10h on se dirige tranquillement vers le terminal de bus. On est en avance… croit-on, car le bus est là, une file de gens commencent à y monter. On se renseigne… ce coin d’Argentine a 1 heure d’avance sur la Bolivie… il est en fait 11h, le bus doit partir ! Ouf, cette fois c’est nous qui avons failli rater le coche ! Enfin tout va bien, le bus attend que tout le monde soit à bord. C’est un grand bus comme chez nous aussi, avec même une jolie hôtesse pour nous placer. Il fait un grand ciel bleu sur les Andes argentines. Le bus démarre sur la belle route goudronnée, mais celle-ci fait vite place à la classique piste poussiéreuse. Le temps d’apercevoir un grand panneau représentant les îles Malouines où est inscrit « las Malvinas son argentinas » en grands caractères. La guerre contre l’Angleterre c’était il y a 3 ans, la rancœur de la défaite à l’air encore bien vive, les Anglais sont toujours interdits de visas… Le paysage est magnifique, la piste globalement descend de l’Altiplano à travers des vallées et des plateaux de plus en plus arides. Les lamas et les Indiens circulent toujours au bord de la route, mais c’est bien la région andine que nous quittons aujourd’hui, celle des Incas. Plus au sud, la population est plus « créole », plus européenne. Nous somnolons lorsque nous sommes stoppés à un check-point de la douane argentine. Et là, ça ne plaisante pas. Tout le monde descend, les sacs sont déchargés des soutes et c’est la fouille complète, des personnes, des bagages et du car. Ils cherchent manifestement de la cocaïne. Ça nous prend une bonne heure, puis on repart, les douaniers sont bredouilles et nous regardent partir derrière leurs ray-bans et leur 4X4. Nous roulons à vive allure sur la piste, la vallée s’élargit… et le pare-brise explose ! Le chauffeur a les mains tailladées… l’hôtesse s’improvise infirmière, soigne les plaies. On peut repartir, on peut se passer de pare-brise, au bout de quelques kms nous retrouvons une bonne route goudronnée. Heureusement il ne fait pas froid, soleil et altitude aidant… Le chauffeur s’abrite derrière ses lunettes de soleil et roule à vive allure. Le paysage change, du décor andain à celui d’un film mexicain, avec cactus géants, arbres épineux, terre ocre et rouge. Nous passons le tropique du capricorne pour la première fois. Nous descendons de plus en plus dans l’Hémisphère sud, jusqu’en Patagonie espérons-nous… En fin d’après midi nous arrivons à Jujuy, première grande ville depuis la frontière. Un arrêt bref et la route continue jusqu’à Salta. Nous sommes trop fatigués pour nous attarder sur le paysage. La nuit tombe. Nous arrivons à Salta à 20h30. La ville est grande, nos sacs sont lourds et nous sommes fourbus. Les arrivées le soir sont toujours un peu stressantes. Il faut trouver rapidement un hôtel. Nous avons toujours une petite liste glanée sur le guide du routard en Bolivie et au Pérou, mais maintenant nous sommes en Argentine. Il nous faut utiliser la bible du routard anglo-saxon, le « South American Handbook », que j’ai trouvé à Genève avant de partir. Gros et encombrant, mais des adresses sur tout le continent. Il va nous servir tout le reste de notre périple à travers l’Argentine et le Brésil. Bon, là ça va, nous trouvons un petit hôtel dans nos prix au bout de la rue piétonne. 2500 pesos la nuit, soit moins de 6 dollars… Nous sommes couverts de poussières (sans pare-brise…). Une bonne douche, un bon steak et adios…

Salta (Argentine)

Mercredi 17 avril

Après une bonne grasse matinée, nous partons explorer la ville, plutôt européenne et d’aspect bien plus riche que tout ce que nous avons vu dans les pays andains. Il y a des jolis parcs bien entretenus, les rues sont propres, nous traversons une rue piétonne pleine de boutiques en tout genre. C’est la profusion, attention au budget ! Ici le change se fait dans des « casa de cambio » officielles. Peu acceptent les traveler’s chèques ce qui ne nous arrange pas. Notre provision de dollars n’est pas énorme et il va falloir tenir…, la vie est bien plus chère ici qu’au Pérou ou en Bolivie, bien que bien moins encore qu’en France. Bon, on arrive quand même à changer des traveler’s puis nous faisons des courses dans un petit supermarché. L’après-midi nous faisons le tour des photographes pour trouver à réparer notre canon. Le matériel photo est hors de prix. On trouve un type qui répare pour 55$. C’est cher mais il sera prêt demain. Nous nous renseignons aussi pour les balades dans le coin. C’est plutôt cher (tours organisés), il n’y a pas de transports en commun ordinaire qui vont au Parc forestier El Rey, ou à Calafayate. Il va falloir restreindre nos choix et faire une belle visite par région traversée… En attendant, une pizza (très bonne, la communauté d’origine italienne est importante en Argentine…), et au lit.

Jeudi 18 avril
Le temps est gris, il bruine. Nous passons la journée à faire des allers retours chez le photographe qui n’a jamais fini… Nous visitons le marché artisanal à la sortie de la ville… Là, c’est bien moins beau et bien plus cher qu’au Pérou et en Bolivie… mais le marché lui-même est sympa, dans une belle bâtisse. Au soir, le canon est enfin prêt, réparé, nettoyé, comme neuf, visiblement du bon travail. Et il marche ! le diaphragme se ferme à nouveau correctement. Au dîner un ragoût au maïs, arrosé de vin argentin. J’achète une BD de Mafalda en VO. Super pour apprendre les expressions locales.

Vendredi 19 avril

C’est la galère ! Pas pour les transports, pour le fric ! Personne ne veut de nos traveler’s cheques ! De ce fait, nous n’avons que très peu de moyens… Adieu les visites de sites naturels et les restaurants sympas. Il va falloir se serrer la ceinture et surtout partir de Salta en espérant que dans les autres villes la situation soit meilleure… On va essayer Cordoba, la deuxième ville d’Argentine, si on ne peut pas changer là-bas, il ne nous restera plus qu’à quitter le pays au plus vite pour le Brésil. Bon, on n’en est pas encore là. Je change quelques dollars pour le quotidien et pour acheter nos tickets de bus. Nous voulons encore expédier un colis mais la douane est fermée jusqu’à lundi. Je m’achète quand même un petit sac en cuir pour mieux protéger le matériel photo. Dans ce pays d’élevage, le cuir n’est pas cher du tout. Le reste de la journée se passe à se balader en ville sous un temps maussade…

Samedi 20 avril

Promenade, achat des billets de bus pour Cordoba, Mafalda nous fait rire et nous remonte le moral…

Dimanche 21 avril

Il faut à nouveau faire les sacs… Nous devons quitter la chambre. Nous laissons nos gros sacs à la consigne du terminal de bus. Nous partons le soir pour rouler la nuit (économie d’une chambre d’hôtel…). Au terminal un gros type nous aborde. Il va à Tucuman demain en voiture et propose de nous y amener. Il a l’air sympa et on décide d’accepter. On discute un moment, c’est un Italien, patron de transport routier, il est très volubile et cherche manifestement des compagnons de route pour lui faire (ou plutôt écouter) la conversation sur la route. Il propose qu’on loge dans la pension qui l’héberge pour la nuit. Il nous parle de l’Argentine et nous vante San Carlos de Bariloche en Patagonie. Il faut absolument y aller… Nous retournons au guichet pour nous faire rembourser… et là, désillusion, ils gardent 30% du prix du billet. Nous préférons décliner l’invitation du monsieur… Nous le quittons à regret. La journée se passe en balade. Nous visitons le musée des beaux arts, situé dans une vieille maison coloniale, avec trois patios, magnifique. Le soir venu, nous nous asseyons dans le parc du musée pour un pique-nique sur fond de musique rock (c’est la remise des prix de l’école des beaux arts). Nous repartons au terminal prendre notre bus. Il faut payer un petit supplément pour nos sacs trop lourds… On embarque dans un superbe bus, avec tout le confort, hôtesse, caramelos, boissons et même un petit repas froid. Nous roulons sur une excellente route goudronnée. De quoi s’endormir très vite…

Tuesday, May 04, 2010

Retour à Potosi

Jeudi 11
Debout à 5h, petit déj’ rapide, fin des sacs, on part à 6h, nous marchons dans des rues désertes. A la gare, miracle ! le train est là ! J’ai réservé deux places dans le wagon n° 1458. Nous parcourons tout le train dans un sens puis dans l’autre, pas de wagon 1458… Je me renseigne, les réponses sont vagues, peut-être qu’il va être accroché en queue de train… Le train est sur le point de partir… à l’heure et nous sommes sur le quai. Un contrôleur finit par nous dire que le wagon est resté en rade à Potosi. On saute dans la première voiture, bondée évidemment… Et là je m’énerve, j’engueule ceux qui rigolent… on finit bon an mal an par s’installer sur des couvertures posées sur des casiers à bouteilles au fond à côté de la cuisine. Le serveur nous demande de partir et là on refuse… ambiance ! On s’accroche à notre inconfortable place, le train démarre… Véronique prend son sac « bolsa », il est coupé au rasoir sur trente centimètres… dans la confusion et la bousculade de la montée un petit malin en a profité. Nous fouillons, il manque le walkman mais le matériel photo est toujours là. Le reste du trajet se déroule comme dans un (mauvais et très long) rêve ; il pleut, on ne voit rien, le train s'arrête tous les quart d'heure, l'inconfort est au maximum, nous mangeons des sandwiches à la charcuterie...Nous finissons par arriver vers 15h. OUF ! Vite notre hôtel ferrocarril... Nous sommes très bien accueillis par notre couple d'anciens. Nous récupérons nos gros sacs. Nous retrouvons nos quatre Français de Sucre, dont le couple d'enfer... Ils viennent d'aller à la mine et sont tout crotteux. Certains ne possèdent qu'un seul pantalon, qu'ils doivent laver de suite. Ce qui fait que lorsque nous allons faire un tour en ville avec eux, ils se promènent en short et en poncho, ce qui leur procure un look certain... A la poste, deux lettres nous attendent, ainsi que le paquet tant attendu, contenant des pellicules et des médicaments. nous avons des nouvelles du pays d'il y a trois semaines. Le dollar a monté en flèche, nous changerons demain des devises. Nous décidons de quitter la Bolivie et de partir directement à Villazon, à la frontière de l'Argentine. On en a un peu marre des galères de transport... On aurait bien voulu aller à Uyuni, pour voir le salar, mais une expédition en 4X4, c'est pas dans nos moyens et les transports collectifs dans le désert de sel, ça doit pas être monnaie courante. Pas envie d'une galère supplémentaire. Nous rentrons à l'hôtel et trouvons nos routards français sur le départ. Ils voyagent en sens inverse du notre et monte à Oruro. Départ du train prévu au départ à 21h, annoncé à la gare à 2 ou 3h du mat'... Il fait froid, ils ne sont pas équipés pour attendre des heures dehors. Le guichet est fermé pour les remboursements et personne ne veut leur racheter leurs billets trop chers pour les locaux en classe pullman. Je m'arrange avec le pépé pour que je puisse aller leur ouvrir l'hôtel au cas où ils voudraient revenir. Je les accompagne à la gare et en profite pour acheter 4 brioches pour le petit déjeuner de demain. Il y a plus de choix qu'au marché en viennoiseries. Je rentre me coucher, pas le temps de s'endormir que j'entends frapper à la porte. J'ouvre à quatre frigorifiés. La salle d'attente était glaciale et pleine de gens couchés partout sous des couvertures... Un d'entre eux va se relever pour aller se faire rembourser les billets à 2h. Nous on dort.

Vendredi 12 avril
Nous sommes réveillés par le soleil, il fait chaud. Nous nous levons tranquillement. Grande lessive puis lecture et bronzage dans le patio. Je vais à la douane puis à la poste me renseigner pour envoyer un colis en France (avec tous nos achats, on commence à être chargés…). Le voyage dure de 3 à 4 mois, par train jusqu’à Buenos Aires puis par bateau. La postière est en train de déguiser et de maquiller sa petite fille. Elle nous explique qu’à 15h il y a une grande fête des enfants. Je redescends à l’hôtel et nous préparons un sac pour l’expédier. Véronique commence à coudre le tissu qui entoure le colis puis nous décidons d’aller voir cette fiesta de los niňos. Mais nous avons beau parcourir les rues de Potosi, nada ! Pas de farandole ni d’enfants… J’ai dû mal comprendre… Bon, Véronique va finir sa couture et moi je file au terminal de bus me renseigner sur les départ de bus pour Villazon. Il y en a tous les jours… nous partirons dimanche soir. A 17h30 Véronique a fini de coudre. Nous laissons une ouverture car il faut passer à la douane avant la poste pour qu’ils vérifient le contenu avant de l’expédier. Mais là, pas de balance pour peser… or, si ça fait un peu plus de 5kg, on paie le double, comme pour 10kg. Il faut donc qu’on pèse à la poste, qu’on retourne à la douane fermer le paquet, puis de nouveau à la poste pour l’expédier… et la douane ferme à 18h… et bien sûr est fermée le week-end. Je pars en courant à la poste, qui est en train de fermer. La postière accepte en maugréant de peser le paquet : 5kg100 ! J’enlève une paire de chaussettes en laine de lama… juste ! Le douanier a promis à Véronique qu’il serait là demain matin à 9h… on verra. Je suis crevé par tous ces allers retours. Ça monte et on est à 4000m quand même ! Un bon steak à la moutarde au Scaramush et au lit.

Samedi 13 avril
De bon matin (9h…), je fais le pied de grue devant la douane… fermée, personne en vue… Un quart d’heure plus tard, alors que je m’apprête à partir, le douanier arrive avec sa femme. Il me dit qu’il y a un gardien, que c’est lui qui peut nous ouvrir. Il lance deux cailloux sur les volets, personne ne vient ouvrir. Bon, il me dit que le gardien s’est absenté, qu’il ne faut pas s’inquiéter, il me redonne rendez-vous à midi. Je rejoins Véronique pour le petit déjeuner, à base de brioches achetées hier au terminal de bus et de café. Puis notre sport favori en Bolivie : trouver un changeur pour nos dollars au noir… On échange cette fois dans un magasin à 155 000 pesos pour un dollar… moyen, on pensait trouver pour 165 ou 170… Le type du magasin nous raconte qu’il est allé en Espagne pour le mondial de foot en 82 et qu’il est passé à Paris… « Pigalle, cosas seriosas… » nous lance-t-il avec un clin d’œil… A midi, même topo à la douane, toujours personne… OK, on va être obligés d’attendre lundi pour expédier le colis puis prendre un bus pour l’Argentine. L’après-midi, farniente à l’hôtel. Nos collègues ont tenté d’aller à Tarapaya, pour es sources d’eau chaude… rien, pas un bus, pas un camion, pas le plus petit des pick-ups… La galère habituelle des transports… Après un goûter de beignets au miel délicieux, nous retournons au terminal de bus prendre deux billets pour Villazon, lundi , départ 17h. On en profite pour acheter encore des bonnes brioches et du pain qu’on ne trouve qu’ici. A l’hôtel nous apprenons que les autres Français sont partis pour La Paz. C’est samedi, nous sortons manger une pizza sur la place. Il y a une fanfare et ils servent du « leche de tigre », à base d’alcool le « singani » et de lait chaud. C’est bon et ça réchauffe avec le froid et les coups de soleil… On achète par signes des bonbons à une petite fille sourde, elle nous en offre un de plus. Nous rentrons en flânant.

Dimanche 14 avril

Cool pour notre dernière journée en Bolivie… Grasse matinée, le gaz rend l’âme en faisant le thé, on en trouvera j’espère, en Argentine. Les brioches sont toujours aussi bonnes… Pas de galère de transport ou d’administration aujourd’hui, juste bronzage au soleil dans le patio, lecture, un peu de lessive, sieste, beignets au miel… et puis un dernier orage déverse ses trombes sur le linge qui sèche qu’on rentre précipitamment. Après l’orage, une promenade à la tombée du soir un petit dîner, lecture au lit et bonne nuit.

Lundi 15 avril

Cette fois, c’est pour de bon, nous quittons la Bolivie, pays magnifique mais trop galère côté transports… Nous espérons un peu plus de prévisibilité et d’organisation en Argentine ou là, c’est l’immensité des espaces (8 fois la France), et la longueur des distances qui risquent de nous fatiguer, un bon entraînement pour le Brésil (16 fois la France !...). En attendant nous faisons pour la énième fois nos (gros) sacs, méticuleusement, pour que tout rentre. Puis nous filons à la douane… c’est ouvert, ça ne prend que quelques minutes, Véronique peut finir de coudre sur place le paquet enveloppé dans du sac de riz en grosse toile. Puis, le tampon de la douane apposé, nous retournons à la poste. Et là, le tarif a doublé depuis vendredi ! Le ton monte, rien à faire, la postière n’en démord pas. Nous rentrons découragés, mangeons un morceau puis on y retourne… On discute encore, on demande à voir un responsable, on gagne par abandon… elle accepte de nous faire le tarif annoncé pour 5kg. Ouf ! 5kg de moins dans les sacs, ça soulage ! Nous revoyons un jeune Péruvien qui voyage comme nous (et oui, ça existe les autochtones qui font la route, c’est comme ça que Che Guevara a commencé…), et que nous avions déjà croisé à Oruro et à Sucre. Avec un copain, ils ont bourlingué partout en Amérique du sud et ils sont très sympas. On discute un moment de voyage, de politique, des démocraties qui se développent ici après les dictatures des années 50 à 70… On se reverra peut-être en Argentine ou au Brésil ils suivent un peu le même circuit que nous. Mais pour des Péruviens c’est compliqué de passer en Argentine, l’immigration surveille les entrées de gens qu’ils soupçonnent de vouloir travailler et s’installer illégalement… ça nous rappelle quelque chose… Bueno, ¡ hasta luego ! Nous filons au terminal de bus. La jeune femme de l’agence de voyage nous gratifie d’un beau sourire et nous annonce que le bus que nous devons prendre est en panne sur la route de La Paz… et rajoute qu’elle nous a pris d’autres billets à une autre agence… on l’embrasserait presque… On attend au soleil et à 17h, le bus est là. Il démarre, Potosi et le cerro nous offrent une ultime vue au couchant. Nous croisons des troupeaux de lamas. Comme un condensé de clichés de la Bolivie. Demain nous serons en Argentine mais toujours dans les Andes. Il y aura encore des lamas et des Cholos. En attendant, la nuit tombe, la piste se fait cahotante et nous berce…

Sucre

Jeudi 4 avril
Aujourd’hui, ça y est, nous partons à Sucre. Lever aux aurores, petit déjeuner sur le pouce, nous bouclons les sacs. Le vieux monsieur qui tient l’hôtel se lève à peine et nous ouvre en baillant… A 6h45 nous sommes à la gare. Il y a déjà un peu de monde. Il n’y a plus qu’à faire la queue au guichet. Il fait froid, le ciel est couvert. Nous entamons une discussion avec les gens autour de nous, des locaux mais aussi des Norvégiens et des Américains qui travaillent et vivent ici. Les guichets ouvrent enfin, à 8h30. Je réserve deux places en « pullman », la classe ! Le train arrive à 9h30, des images de Tintin (le temple du soleil) surgissent dans mon esprit. Il vient de La Paz, il est bondé, mais notre wagon se vide miraculeusement… mais pas complètement. Nous pouvons nous installer sans problèmes. Il démarre (très lentement) à 10h. La pluie se met à tomber, le paysage en devient morne dans un brouillard continuel. Nous traversons quelques villages, le train s’arrête une heure le temps qu’un autre train passe en sens inverse et puisse nous croiser (voie unique). Nous achetons du maïs grillé et du fromage à des vendeurs ambulants qui se postent le long de la voie. Après un trajet sans histoires le train s’arrête une dernière fois, à 3km de Sucre, pour récupérer un wagon supplémentaire, sans doute pour le retour… Après des manœuvres, visiblement difficiles et qui nous semblent interminables, le train peut enfin débarquer en gare de Sucre. Il est 16h30. Les deux Américains nous proposent de les accompagner à un hôtel qu’on leur a conseillé. Nous les suivons jusqu’à l’Alojamiento « Sul Tamista ». C’est plus cher qu’à Potosi mais n’oublions pas que nous sommes ici à la capitale ! Le cadre est sympa, bâtisse coloniale blanche avec un patio, des jolies plantes et Rosa ! C’est le coup de foudre immédiat entre elle et moi ! Elle est très belle mais un peu bavarde… c’est une véritable amazone… à tête bleue, au plumage vert éclatant, un perroquet très sympa et peu farouche, qui accepte de se laisser câliner et vient se percher sur mon épaule. Nous laissons Rosa pour nous installer et partons faire un tour en ville. La ville est belle de facture coloniale notamment le place 25 de mayo entourée de grandes maisons toutes blanches. Tout est blanc… C’est la semaine sainte et nous avons du mal à trouver un restaurant ouvert. Nous trouvons une soupe et des sandwiches au marché près de l’hôtel. Une dame nous y aborde pour nous proposer de visiter sa boutique d’artisanat. Il y a de très belles choses, surtout les mantas, mais plutôt chères. Nous promettons de revenir demain après-midi. Puis nous décidons de nous faire une soirée cinéma. Deux films au programme « les sous-doués en vacances », en français dans le texte… mais le son est si mauvais que je devais parfois lire les sous-titres en espagnol pour comprendre… ensuite plus sérieux, « Kramer contre Kramer », en anglais. Bon film, mais il manque des scènes coupées par la censure… Nous rentrons tard à l’hôtel, la porte est close ! Nous devons frapper plusieurs fois pour que le jeune gardien de nuit vienne nous ouvrir en baillant… Vite au lit, il fait froid encore ce soir malgré le fait que nous soyons 1000m plus bas qu’à Potosi ou La Paz…

Vendredi 5 avril
Rosa nous assure un réveil matinal en fanfare… en parlant et jacassant à tue-tête… On reste quand même traîner au lit. Petit déjeuner à l’européenne, chocolat chaud et tartines de confiture. Je veux prendre une douche vers 11h, pas d’eau chaude… elle est coupée entre 9h et 17h… il faudra que j’attende ce soir. Après une séance de lecture et une petite sieste sur la terrasse (on est vraiment fatigué !...), nous sortons vers 15h. Le ciel bleu est au rendez-vous, il fait chaud. La ville resplendit sous le soleil. Nous rencontrons les Américains de hier, Ric & Kellie, ils veulent aussi se rendre au magasin d’artisanat. Nous y allons ensemble, mais pour trouver porte close. Nous partons nous promener dans les hauteurs de Sucre. Nous passons devant une très belle ancienne maison de maître coloniale, malheureusement très délabrée. Puis nous arrivons devant une des nombreuses et belles églises de la ville. De la place, nous avons une très jolie vue sur la cité. Il y a beaucoup de campesinos endimanchés sur la place qui attendent la messe du vendredi saint. Je prends discrètement des photos mais mon appareil se bloque ; plus moyen de fermer le diaphragme… Nos Américains nous indiquent un bon réparateur à Santa Cruz. On verra ce qu’on peut faire avant… En attendant il faut que je m’arrange en prenant des photos à une vitesse correspondant à la plus grande ouverture du diaphragme, sinon ce sera très surexposé. Nous redescendons, le magasin d’artisanat est toujours fermé (jour férié ? ils sont à la messe ?). Heureusement, la douche de l’hôtel, ça y est, elle est bien chaude. J’ai un coup de soleil sur le ventre dû à ma sieste de ce matin. Ric & Kellie nous amènent manger une pizza, ils connaissent une bonne pizzeria… qui est fermée aussi ! bad luck today ! On se rabat dans un petit restaurant qui se révèle pas très bon et pas très sympa… Bon… Nous rencontrons à l’hôtel 3 Français et un Québecois qui viennent d’arriver. Ils viennent du Brésil via Santa Cruz. Il y a un couple de Bordelais qui on l’air plutôt en froid… Les Américains vont acheter du vin bolivien (et oui ça existe !) dans une épicerie et nous proposent de le partager sur a place de l’église qui domine la ville. Le Bordelais Eric vient avec nous. Il apporte verres et tire-bouchon. Il fait bon, la ville illuminée s’étend en dessous de nous, sur la place, les paysans venus pour la semaine sainte s’installent pour dormir. Nous discutons avec Ric et Kellie qui nous racontent leur vie de profs dans une école américaine à Santa Cruz. La discussion se finit très tard dans leur chambre (musique, vie en France aux USA, voyages…), puis on s’écroule dans le lit…

Samedi 6 avril

Grosse flemme aujourd’hui. Nous traînons jusqu’à 10h00 puis accompagnons nos Américains qui doivent prendre l’avion pour Santa Cruz à midi. Nous visitons au passage une boutique de mantas. Nous en trouvons deux anciennes, très belles pour un prix abordable. Nous quittons nos amis après qu’ils nous aient laisser leur adresse à Santa Cruz. Cet après-midi tout est fermé, il fait chaud ; nous restons dans la patio discuter avec Rosa, qui m’a adopté mais rejette Véronique comme paraît-il toutes les femmes… Rosa monte sur mon épaule et se fait caresser le cou, Véronique prend une photo. Au dîner, nous trouvons une pizzeria sympa « Napolitana », tenue par des jeunes, bonne musique, bonnes pizzas… Balade digestive sur la place, un peu harcelés par des « Tarabuqueňos » qui veulent nous vendre des mantas et ponchos, hors de prix… Une jeune vendeuse de chips nous aborde. Elle est très jolie et pleine de fraîcheur. Elle nous propose de venir écouter de la musique chez elle demain. Elle, ses frères, ses sœurs, tous jouent d’un instrument. Rendez-vous est pris devant les lions de Sucre à 20h30 demain. Un petit refresco et à demain.

Dimanche 7 avril
Lever à 6h00, nous partons à Tarabuco avec nos collègues français. Nous allons ensemble à l’endroit où le bus est sensé passer. Esperamos, en Bolivie le double sens de ce mot prend toute sa signification !… Nous finissons par trouver un camion qui y va. On s’installe tous tans bien que mal dans la benne, assis sur le rebord et ça démarre. On charge comme d’habitude un tas de trucs en route, notamment deux Québecois bien sympas eux aussi. Le paysage nous fait oublier l’inconfort du camion, campos, montagnes, sous le soleil, dans la poussière et les cahots. Au bout de trois heures de piste, nous sommes fourbus et couverts de poussière, mais nous arrivons au village indien de Tarabuco, en pleine montagne. Mais, pas de chance, le fameux marché du dimanche n’a pas lieu parce que c’est jour de Pâques. Les Tarabuqueňos sont là tout de même vêtus depuis 400 ans de ponchos bariolés et de chapeaux calqués sur les casques des conquistadores espagnols du XVIe siècle. Je prends des photos. Nous prenons un bon almuerzo, faisons le tour du pueblo, très beau mais aussi très petit. A 15h00, nous reprenons un petit bus qui se remplit, se remplit… au moins 40 personnes pour 25 places… Ca repart dans l’autre sens, moins de poussières mais toujours pas très confortable. Retour cahotant à Sucre. Après une bonne douche, une bonne bière, une bonne pizza, je me présente à mon rendez-vous. Ma jolie Bolivienne m’attend aux pieds des lions. Je retrouve avec elle la « bande » à la pizzeria et nous allons chez elle, en haut de la ville. Elle est accompagnée de son petit frère Mario de 10 ans. Nous entrons tous dans leur modeste maison et écoutons d’abord la grande sœur chanter en s’accompagnant du charengo, puis Mario qui accompagne les deux sœurs au chant. Moments assez magiques. Ils jouent tous dans des groupes divers, le grand frère absent a une renommée nationale et fait des disques. Nous restons un moment à discuter musique et culture et prenons congé.

Lundi 8 avril

Les vocalises de Rosa nous assurent le réveil, mais nous traînons un peu au lit. Nous partons à la recherche d’un photographe qui voudra bien essayer de réparer mon appareil photo. Après de nombreux refus nous finissons par en dénicher un qui accepte de regarder. Il nous donnera sa réponse demain matin. Nous passons à la gare, en principe nous avons un train jeudi pour Potosi. Nos quatre Bordelais s’en vont aujourd’hui. Ça n’est pas plus mal car le couple n’arrête pas de s’engueuler…Bon, on se balade un peu en ville, sandwiches sur le pouce, nous rentrons à l’hôtel faire de la lessive… Véronique se fait attraper par la vieille dame qui tient l’hôtel, elle trouve qu’on utilise trop d’eau… Elle finit par se calmer, mais aussi par nous couper l’eau… Son mari est malade, s’en doute d’un excès de boisson hier soir… passons… Nous partons poster du courrier et, pour la première fois, à la poste, on nous donne des vrais et beaux timbres… Ce sera tout pour aujourd’hui.

Mardi 9 avril

Mauvaise journée aujourd’hui, la nuit fut courte grâce à Rosa, la « mémé » nous fait toujours la gueule, Le photographe nous dit de revenir cet après-midi, nous revenons à 14h, il est fermé, il arrive enfin vers 15h, nous dit qu’il ne peut pas réparer avant lundi. Nous n’avons plus grand chose à faire ici à Sucre et choisissons d’attendre l’Argentine pour réparer… Ce soir nous allons à l’Alliance française où on nous avait dit qu’ils passaient un film… mauvaise pioche, c’est demain ! Il ne reste plus qu’à aller se coucher… La chanson d’Higelin me trotte dans la tête : « c’est dur aujourd’hui peut-être, demain ce sera vach’ment mieux… ».
Mercredi 10 avril
Bon, déjà on a mieux dormi… Nous allons acheter nos billets de train pour demain. Départ 6h ! Après un bon jus de fruit dans une échoppe près de la gare tenue par une jeune femme jolie et sympa, nous décidons de nous rendre dans un village voisin, Yotala. Un bus part tout de suite. Derrière nous deux Blacks qui parlent un créole français, visiblement des Haïtiens, ils ne nous engagent pas à entamer une conversation avec eux, nous n’en saurons pas plus. Le bus cahote sur une mauvaise piste pendant une heure et nous arrivons dans un village sans aucun intérêt… On se balade un peu dans le village et la campagne avoisinante, nous buvons une chicha puis attendons une heure un bus pour le retour… Une bonne douche, une excellente pizza arrosée d’une bonne bière nous revigorent… Je passe un dernier long moment à calîner et converser avec Rosa avant d’aller me coucher… il me faut absolument un compagnon comme elle, il paraît qu’on peut trouver des Amazones pas trop chers au Brésil…

Potosi

Vendredi 29 mars

Le bus s’arrête à nouveau vers une heure du mat’. Un disque (de quoi ?...) est cassé. Le bus ne peut pas monter la côte vers Potosi. Il faut retourner à Oruro ! Le bus fait demi-tour et repart dans l’autre sens. Ça gueule, les gens demandent qu’on les rembourse. On roule une heure. On s’arrête dans un petit village ; cette fois c’est cassé pour de bon. Nous sommes à un carrefour et le chauffeur nous dit que des bus de La Paz vont passer et que l’agence nous remboursera à Potosi. ¡ Pues ! Effectivement des bus passent. Les trois premiers sont pleins, le quatrième c’est le bon, on monte on se fait une petite place, les sacs sont dans l’allée centrale, la vitre près de moi ne ferme plus, ça caille, on s’emmitoufle comme on peut, c’est reparti… pas pour longtemps, nouvel arrêt, plus de batterie !... Nous restons affalés sur nos sièges, perclus de fatigue. Au bout d’une heure, le bus arrive à démarrer. On s’endort. Le froid très vif et le lever du jour nous réveillent. On est dans la montagne, le soleil se lève sur un paysage de hameaux, de sommets, de troupeaux de lamas dont on ne se lasse pas. Peu avant d’arriver l’environnement se fait plus désertique et plus poussiéreux. Nous passons près des mines. Nous arrivons enfin à Potosi à 11h. Nous arrivons à nous faire rembourser en discutant un peu. Crevés, nous prenons un taxi jusqu’à l’alojamiento « ferrocarril », près de la gare. L’auberge est tenue par une couple de petits vieux très accueillants et sympas. Après une brève installation, nous nous écroulons pour une sieste réparatrice. Nous passons l’après-midi à visiter la ville, très belle bien que très défraîchie, de style colonial avec des maisons blanches et de nombreuses églises, vestiges de l’époque où les mines d’argent puis d’étain apportaient de grandes richesses. L’orage arrive, nous rentrons nous faire un bon chocolat chaud. Nous repartons sous des trombes d’eau nous manger une pizza, puis au lit.

Samedi 30 mars

Journée farniente, « porque estamos muy cansados… »… Grasse mat’, petit déj’ à midi (petits pains au miel, chocolat chaud). Dehors il pleut toujours à verse. Nous écrivons notre courrier au chaud. Il s’arrête de pleuvoir vers cinq heures. Nous mettons le nez dehors. Balade au gré de nos recherches pour trouver du pain pour demain. Le soir nous goûtons un « picante de pollo » (spécialité locale) très bon, puis des « confites de mani » (cacahuètes enrobées de sucre), pas mauvaises non plus. ¡ nada mas !

Dimanche 31 mars

Tentative pour prendre le train : épisode 4 ; cette fois nous voulons aller à Sucre… Je descends à la gare à 8h… Le guichet est fermé, mais il y a déjà une bonne file d’attente. Ils doivent ouvrir à 9h… A 9h45, ça ouvre… le type passe sa tête et hurle « pas de billets pour demain, une heure avant le départ !... » Tout le monde râle et repart… la suite au prochain épisode… Le reste de la matinée se passe devant un petit déjeuner copieux que Véronique m’a préparé puis à faire notre lessive. L’après-midi, nous montons à travers les ruelles pavées jusqu’au sommet de la ville. La vue est très belle. Les terrils et la montagne dénudée par les mines apportent des couleurs rouge et ocre qui contrastent avec le ciel bleu profond d’altitude (on est à nouveau à 4000m). Une fois rentrés, je m’aperçois que mon appareil photo a un problème. Le diaphragme ne se ferme plus, toutes les photos sont prises à pleine ouverture, il y a de la surexposition dans l’air ! Le problème aussi, ça va être de trouver un réparateur ! Il nous reste un autre appareil, un compact étanche, mais il ne fera pas d’aussi bonnes photos que le reflex… A suivre… Nous rencontrons un Hollandais qui nous recrute pour une visite d’une mine demain. OK, Sucre ce sera dans deux jours. C’est un prêtre belge qui organise les visites, dont les bénéfices vont à une association qui s’occupe des mineurs et de leur famille, quand ils sont à la retraite ou victimes de la silicose. Coucher tôt, demain on se lève tôt.

Lundi 1er avril

Lever à 6h, il fait encore nuit. Le temps est au beau. Thé à la cannelle. On rejoint notre Hollandais qui n’a pas l’air en forme. Il a été malade toute la nuit. Départ en taxi jusqu’à la paroisse « conception » du père belge. Il nous accueille chaleureusement. Deux filles suisses, Dominique et Fabienne se joignent à notre groupe. Puis arrive Victor, notre guide. Il n’a pas l’air d’être au courant de notre rendez-vous et part se changer… Le père nous prête des lampes. Victor revient et on peut partir à la mine. En chemin Victor nous fait acheter des feuilles de coca pour offrir aux mineurs. La coca a des vertus anesthésiantes, coupe-faim, c’est bon aussi pour le mal de l’altitude et ça permet de travailler toute une journée au fond de la mine sans manger ni boire ni dormir… Ils en prennent une poignée qu’ils mettent dans la bouche et mâchent sans arrêt. Nous montons ensuite dans un camion avec des mineurs. Il nous dépose au bas de la mine, il faut encore monter 20mn pour y accéder. Nous discutons en chemin avec Victor ; il a 43 ans, il ne peut plus travailler comme mineur, il a la silicose à 75%... c’est incurable à partir de 50%... Cette maladie est due aux poussières qui s’infiltrent peu à peu dans les poumons… Victor s’est arrêté il y a 5 ans, après 22 ans de mine… Il a 8 enfants et vit maintenant de petits boulots, dont ce job de guide pour les touristes. Il s’agit d’une mine privée, louée par une coopérative de mineurs, après que l’état l’ait abandonnée car plus assez rentable… Les conditions de travail y sont encore plus dures, car les mineurs sont payés au rendement. Les conditions de sécurité sont nulles, pas d’infirmerie, pas d’électricité… Ces mines sont très anciennes, exploitées par les Incas, puis les espagnols, pour l’argent d’abord, qui a assuré la richesse de Potosi pendant toute une période, puis pour l’étain, ressource principale aujourd’hui (on trouve aussi du plomb et du zinc). La mine que nous visitons est toujours exploitée, les mineurs sont à l’entrée, les joues gonflées par la coca. Ils se préparent, ils n’entrent dans la mine qu’à 11h. Nous mettons les casques et Victor nous fait entrer. D’abord 400m d’une galerie large, haute et horizontale. C’est la galerie principale, munie de rails où le minerai est évacué sur des wagonnets. De part et d’autre partent d’autres galeries qui suivent les filons, beaucoup plus étroites ; elles montent ou descendent jusqu’à 400m en dessus ou en dessous ; le minerai y est chargé à dos d’homme. Nous en empruntons une jusqu’à -200m. La descente est glissante, nous côtoyons des puits profonds, munis de barreaux d’échelle en bois. Alphonso le Hollandais est très malade et les trois filles commencent à ne pas être très rassurées. L’air (4000m d’altitude et -200m sous terre…) commence à se faire rare…Ils décident de s’arrêter et de faire une pause. Victor m’entraîne jusqu’au bout de la galerie, à -400m. Là, sur une espèce d’autel improvisé, se dresse un « diablo », dieu de la mine en argile rouge recouvert d’offrandes (cigarettes, bouteilles, banderilles, fleurs, nourriture etc.). La mine, c’est « Pachamama », la déesse mère. Les femmes n’y ont pas le droit de travailler sinon il y aurait de la rivalité et de la jalousie et la mine produirait moins… Nous remontons à fond de train et rejoignons les autres. Nous sortons de la mine et croisons les mineurs qui vont y travailler, la chique de coca à la joue. J’aimerais les accompagner, rendre compte par mes photographies de leurs conditions de travail, mais Victor refuse car trop dangereux (dynamite, gaz, effondrements… menacent quotidiennement les mineurs). Nous nous retrouvons à l’air libre et je me rends compte que j’ai un gros trou dans mon pantalon… à force de descendre sur les fesses ! Nous rejoignons la route et prenons congé le cœur serré de notre gentil guide. Que c’est dur la mine ! Il faut lire ou relire « Germinal » de Zola ; ici, ils y sont encore… Nous rentrons tranquillement à pieds, avec les deux suissesses. Alphonso, lui, prend un camion pour le dispensaire de la paroisse où officie un médecin, belge lui aussi. Au passage nous pouvons observer le travail du minerai, une fois celui-ci extrait. Lavage, filtrage, triage, avant de passer à la fonderie. A la paroisse, nous prenons un verre avec un voyageur belge qui arrive du Brésil et d’Argentine. Il suit pratiquement notre itinéraire dans l’autre sens… Nous rentrons déjeuner en ville puis une bonne douche et une bonne sieste à l’hôtel. Nous sommes sales et fourbus. A 17h, nous ressortons faire un tour en ville. L’orage revient en déluge. Nous nous offrons des steaks au « Scaramush », un des bons restaurants de Potosi.

Mardi 2 avril

On émerge à 10h… Il fait beau mais les nuages s’accumulent très vite et l’orage revient. Nous faisons une lessive entre les gouttes. Nous finissons le bon miel de La Paz, vendu en bouteille. Ici, on ne trouve que du miel d’importation, d’Argentine, six fois plus cher ! L’après-midi, nous allons visiter la « Casa de la moneda », transformé en musée. Ici on transformait l’argent en pièces et lingots avant de les expédier sur les galions espagnols. La salle du laminoir, actionné par des esclaves indiens puis noirs d’Afrique est impressionnante. Ils étaient logés dans des prisons, dans des conditions épouvantables. Un véritable génocide, le poids des os des esclaves morts au travail est équivalent au poids de l’argent extrait et expédié en Espagne… Nous visitons les riches appartements des maîtres, au mobilier créole, les coffres forts, les machines à frapper la monnaie, la fonderie… En sortant, nous allons au marché. Nous achetons des oranges et des biscuits pour Alphonso, toujours malade et un pique-nique pour nous demain si nous arrivons à prendre le train pour Sucre. Une partie de dés, un « picante de pollo », des petits gâteaux achetés dans une « pasteleria » et un mate de coca pour finir la journée. Il fait très froid ce soir.

Mercredi 3 avril

Ce matin il faut refaire les sacs. En enroulant comme d’habitude dans le duvet une belle potiche achetée à Huaraz, j’appuie un peu fort et crac !... elle se brise… j’enrage, puis je ramasse les morceaux, on va essayer de la recoller. De retour à la gare, on m’apprend (épisode 5) que le train va avoir du retard. Il arrivera en fin de soirée (vers 20h) au lieu de 11h… on décide de prendre celui de demain… On achète de la colle et nous allons passer une partie de la journée à recoller les morceaux de céramique. A midi nous revoyons deux Français rencontrés hier à la casa de la moneda. Ils pensent faire la traversée Bolivie – Mexique en deux mois !... L’après-midi nous chinons au marché. Nous regardons les ponchos et les mantas, belles et chères ou bon marché et moches… L’orage nous surprend à nouveau. Nous avons du mal à trouver du pain à Potosi. Nous apprenons qu’en fait il y a une pénurie de farine dans toute la Bolivie… par endroit les gens forment des files d’attente interminables devant les boulangeries pour acheter du pain. Cela peut se terminer en pugilat et il faut souvent l’intervention de la police pour que la distribution se déroule dans le calme… Nous finissons quand même par trouver une épicière sympa qui accepte de nous en garder. Nous finissons la soirée par une pizza, du pain doux, de la pâte de fruit et de la citronnade, un délice…