Cuzco
Vendredi 15 février
Ce matin, après une nuit beaucoup plus calme, nous préparons les sacs. En prévision d’un voyage qui s’annonce long, nous avons deux jours de nourriture en réserve, et ça pèse lourd ! Un dernier petit tour en ville, un sandwich dans un bar et on se pointe à la « estacion », à la compagnie Urmeño. A 12h30, le bus démarre, départ pour Ica, première étape. Toujours le même paysage désertique, sable ocre ou jaune, oasis et quelques rares palmiers, une heure plus tard la panamerica nous a amené à Ica. Là nous descendons, transit en salle d’attente. Départ annoncé du bus qui vient de Lima et doit nous amener jusqu’à Cuzco : 14h00. A l’heure dite, pas de bus, je me renseigne, on me répond que c’est à 15h00 ! On attend, dans la salle d’attente … petite, bruyante et surchauffée… 16h00, rien ! Je questionne un autre employé, en fait ce bus n’a pas vraiment d’horaires, il part quand il est plein… bon, on attend, on mange des gâteaux, j’achète un journal local. A 17h15, « ¡ los passajeres por Cuzco ! », enfin, on y va, on installe les gros sacs sur le toit, on s’installe comme on peut, c’est un petit bus de 40 places et il est bien plein ! démarrage à 17h30, ouf… le paysage devient de plus en plus désertique, on aperçoit les lignes de Nazca, mais à ras du sol, il faut les deviner, on ne les voit bien que d’avion (trop cher pour notre budget). La nuit tombe, on arrive à Nazca, vers 20h00. Et un autre sandwich pour le dîner ! A 21h00, le bus repart, ça y est on tourne à gauche, on quitte la côte et très rapidement la route se met à grimper sec, virages en épingle à cheveu, on prend vite de l’altitude… Ah, j’oubliais, dès qu’on quitte la panamerica, on quitte aussi l’asphalte, il reste 670km de piste à faire ! bonne nuit ! bien calés sur nos bolsillas, on dort tant bien que mal dans les cahots.
Samedi 16 février
On se réveille avec l’aube, ça caille dur ! il y a de la neige, ça change du climat tropical et sec de la veille ! le jour se lève, des fermes isolées au toit de chaume, des lamas en liberté, on est sur l’altiplano à plus de 4000m. Le bus s’arrête dans un petit hameau, il y a quelques Indiens Quechuas et un poste militaire. Les militaires entrent dans le bus et contrôlent tout le monde. Nous sommes dans le département d’Ayacucho, là où la guérilla maoïste du « sentier lumineux » sévit, entraînant attentats aveugles (parfois contre des touristes…), prises en otage, représailles et exaction de l’armée etc. Bref, le soldat posté à l’entrée du bus, kalachnikov sur l’épaule, m’interdit fermement d’aller pisser contre un mur derrière une maison… Brrr, plutôt froid l’accueil ! Le bus repart, le paysage est un enchantement, succession de vallées et de montagnes, de haut-plateaux, nous passons des cols à plus de 4300m d’altitude, nous apercevons des vigognes (espèce de lama sauvage) et des vizcachas (sortes de petits rongeurs qui ressemblent à des lapins, mais aux oreilles plus courtes et avec une queue touffue d’écureuil). Nous commençons à perdre de l’altitude en suivant une haute vallée suivie de gorges où s’écoule un torrent gigantesque et impétueux. Les ornières se multiplient sur la piste. Les dos et les jambes se font douloureuses. Nous nous arrêtons enfin dans un village plus accueillant où nous pouvons nous dégourdir les jambes et petit déjeuner. Nous suivons le torrent pendant plusieurs heures. Le bus s’arrête. Un autre torrent affluent du premier, est sorti de son lit et passe sur la piste. Les voyageurs descendent, nous traversons le pont piétonnier un peu plus loin
. Le bus, lui s’élance sur le gué à travers le torrent en soulevant une grande gerbe d’eau. Ça brinquebale mais il passe sans trop de problèmes ! La descente continue, vers 15h00, nous arrivons à Challuanca, une petite ville. Déjeuner décalé mais bienvenu. Le chauffeur en profite pour remplacer deux pneus complètement usés… ça dure trois heures… Nous repartons à 18h00, il reste 12 heures de voyage jusqu’à Cuzco ! on se prépare pour une seconde nuit dans le bus et on tape la discute avec un voyageur canadien et un petit vieux du cru très sympa. Nous suivons toujours la même vallée et le même torrent. A 22h30 nous arrivons à Abancay, ville nettement plus grande, mais silencieuse et noire à cette heure… on voit quand même quelques fêtards qui commencent à célébrer le carnaval. Nous quittons la ville à 23h30, c’est parti pour une nouvelle nuit, avec, j’oubliais, la présence constante d’une musique mal enregistrée sur un poste au son bien nasillard, sur 3 cassettes en tout et pour tout depuis le départ… Bon, on s’endort quand même, d’épuisement.
Dimanche 17 février
Vers 6h30, le lever du jour nous réveille, un peu chiffonnés… le paysage est très verdoyant, des champs, des prairies des fermes… Il pleut. On arrive enfin sur une route goudronnée, à 20km de Cuzco, ça fait du bien, on a hâte d’arriver. A 8h00, on y est, après 44h de bus ! La ville est assez belle avec ses maisons de pierre aux toits de tuiles. Comme les villages du sud de la France ont utilisé les pierres romaines, ici on a récupéré les ruines inca pour bâtir. Il y a 140 000 habitants. Le bus nous dépose près de la gare San Pedro. Les sacs sur le toit sont bien dégueux. Il pleut toujours, nous marchons dans les rues boueuses jusqu’à l’hôtel Trinitarias. L’eau est super chaude et la douche est vraiment bienvenue. Nous partons nous dégourdir les jambes. Le centre-ville, direction la poste. Une lettre de mes parents poste restante, avec la carte bleue qui nous permettra de prendre notre billet d’avion en Guyane française, dans quelques mois. C’est dimanche, sur la plaza de armas, nous petit-déjeunons au son d’un défilé militaire. La place est très vaste et belle, entourée d’arcades. Nous rencontrons Vincent, l’un des Français croisés à Huaraz. Il est avec un ami péruvien et nous propose d’aller à Pisac, où se tient un grand marché de carnaval, avec musique et danses quechuas. On hésite, on est crevé, mais c’est aujourd’hui ou jamais… alors on y va. Nous prenons un taxi, c’est un gros bourg à 30 km de Cuzco, dans la vallée sacrée des Incas. Dès qu’on arrive, c’est la fête. Les campesinos sont venus de tous les villages, toutes les montagnes et vallées alentour. Les costumes sont variés et bariolés, ça chante, ça danse, ça rit tout autour de nous. Il y a très peu de gringos. Après un petit repas pas cher et bon dans une petite échoppe, nous nous rendons sur la place. C’est payant, mais quel spectacle ! des groupes de musiciens et danseurs traditionnels se succèdent. La musique est rude, âpre, percussions et flûtes, pas d’instruments à corde (importés par les Espagnols), de la musique quechua authentique, parfois discordante pour nos oreilles tant habituées aux gammes tonales. Le spectacle est aussi dans l’assemblée de paysans qui fait son marché ou vend aux étals tout autour sur la place et les ruelles adjacentes. Nous restons un bon moment immergés quelques siècles en arrière, on se croirait dans « Tintin et le temple du soleil ». Nous décidons de nous rendre aux ruines incas au-dessus du village. On veut louer des chevaux, mais il n’y en a plus. Qu’à cela ne tienne, nous montons à pied, une heure de marche. Nous surplombons la vallée sacrée, soleil et nuages noirs, c’est magnifique. Plus prosaïque, un gardien nous attend à l’entrée des ruines et nous devons négocier un tarif d’entrée sur le site. Nous visitons des tours, l’observatoire, le temple du soleil, les habitations… les monuments importants sont faits d’énormes pierres jointes, sans ciment, parfaitement assemblées (on ne peut pas y glisser une lame de couteau). C’est extraordinaire de technologie et de précision. La vue sur le village en bas, fortifié et grouillant de monde et de couleurs, est impressionnante. A la descente nous croisons quelques Indiens bien éméchés qui nous « passent le carnaval » à coups de poings sur les jambes et de feuilles collantes sur le visage… en riant, mais ça fait mal ! bref on arrive en boitillant au village le temps de prendre une camionnette archi-bondée qui nous ramène à Cuzco. Au passage, Carnaval continue à coups de seaux d’eau, d’œufs et de farine, sur la voiture, puis sur nous pauvres piétons dans les ruelles de Cuzco en rentrant à l’hôtel. Nous y arrivons dans un piteux état. La fatigue nous envahit… quelles journées ! Un petit restau et au lit !
Lundi 18 février
Grasse matinée jusqu’à midi. Un petit déjeuner « almuerzo » copieux près du marché. Puis nous voulons aller au musée archéologique. C’est fermé le lundi, comme chez nous. On rentre faire un peu de lessive et nous ressortons en fin de journée nous balader. On craque à nouveau devant l’artisanat sur le marché. J’achète un pull en alpaca et Véro une chemise. Une bonne viande au dîner et nous partons dans une des peňas de la ville. Dans le premier bar, la musique est bonne mais il y a peu de monde et pas d’ambiance. ON boit une bière et on se tire quand arrive un groupe vraiment ringard. On sort, on entend de la musique au bout de la rue, il faut monter… et là, ambiance indescriptible ! Le bar à l’étage est bourré de monde. Les musiciens sont à fond (quena, flûte de pan, charengo, guitares, tambours…), la musique endiablée, ça danse ça chante ça crie ça tape des mains, ça applaudit… les chanteurs appellent chaque groupe de spectateurs par nationalité et c’est à qui fera le plus de tapage… Argentins, Chiliens, Boliviens, Péruviens, Brésiliens, Italiens, Espagnols, Français (on est pas beaucoup…). Deux groupes se succèdent, aussi bons l’un que l’autre, dans un répertoire de musique andine métissée. La bière est le pisco coulent à flot. A minuit, la musique s’arrête et on rentre un peu louvoyant…, les oreilles et les yeux une nouvelle fois remplis de sons et de couleurs.
Mardi 19 février
Aujourd’hui, on se lève plus tôt… bon, à 9h00. ptit déj. Sur le marché, café, sandwich au fromage, jus d’orange, super bon et vraiment pas cher. Nous allons visiter le musée archéologique. Très intéressant. Beaucoup d’art inca, un peu paracas. Il y a une collection de très belles poteries, du tissage, de l’orfèvrerie et de la métallurgie… quelques momies toujours très impressionnantes et des armes. Hélas peu d’objets en or, largement pillés et expédiés en Espagne lors de la conquête. Les seuls objets qui restent sont à Lima au musée de l’or. Il y a quand même une vitrine ici… une splendeur ! Après le musée nous déjeunons à nouveau sur le marché avant de partir pour Chinchero en microbus, à 30km de Cuzco. Le village n’est pas fantastique les ruines Incas non plus, il pleut, l’ambiance est rustique, nous trouvons une chicheria (signalé par un fanion rouge). Ici on fabrique la chicha. Deux vieilles cholitas quechuas et une jeune femme nous expliquent et nous montrent comment se fabrique cette bière de maïs fermentée sous terre. On goûte, c’est plutôt bon, un peu âpre au goût de terre. L’ambiance est très sympa. Véro achète aussi un petit métier à tisser dans une échoppe et se fait expliquer comment tisser une ceinture. Nous rentrons à Cuzco. Un plat de spaghettis, des gâteaux achetés dans une boulangerie, Véro s’achète des guêtres en alpaga au marché artisanal et voilà une nouvelle journée péruvienne de passée.
Mercredi 20 février
Aujourd’hui nous partons pour Ollantaytambo, départ du train pour le Machu Picchu . On se lève encore un peu plus tôt et après un petit déjeuner sur le marché, nous trouvons un minibus qui nous amène dans un premier temps à Urubamba une petite ville dans la vallée sacrée à 57km de Cuzco. De là un autre bus pour les 20km restants. Nous arrivons sur site vers midi. Après un petit repas pas cher pas bon, direction la gare. Et là, surprise ! pas de train ! c’est la grève ! illimitée ! Enfer ! plusieurs personnes voyant notre déception nous proposent des solutions… Le taxi, trop cher… la marche à pied jusqu’au km 82 puis un bus jusqu’à Aguas caliente dernier village où on peut dormir avant le site Inca. D’après d’autres il y aurait des bus sur le chemin… On tente la marche à pied, il y a une bonne quarantaine de km à faire le long de la voie ferrée. Si un bus passe, on verra bien ! Au bout d’une heure de marche, pas l’ombre d’un véhicule. C’est la cagne et la poussière, c’est trop galère, 80km aller-retour le long d’une voie ferrée, on n’a pas le courage. On fait demi-tour et là, un taxi ! on rentre au village, on verra, peut-être demain la grève sera levée (quizas maňana…). Nous trouvons un petit hôtel proche des ruines incas de Ollantaytambo. Le village est très beau, nous montons aux ruines, très belles aussi. Balade dans les vieilles pierres puis nous redescendons flâner dans les ruelles avant de dîner dans un café. On termine par un pancake à la banane et au miel à l’hôtel. Plus de chance demain ?
Jeudi 21 février
Et non ! on s’est levé tôt, on se pointe à la gare… toujours vide ! un employé présent nous le confirme, la grève est illimitée, pas de trains pour le Machu Picchu, quizas maňana…). On se concerte. Nous décidons de ne pas attendre indéfiniment, tant pis pour le site le plus célèbre du Pérou, nous préférons reprendre la route, d’autres splendeurs nous attendent, moins connues, moins touristiques… on s’en fiche. Après un petit déjeuner copieux et réparateur, nous reprenons le bus pour Urubamba puis un autre qu nous ramène à Cuzco. L’après midi continue dans le style galère, pour trouver un bus pour demain destination Puno sur les rives du lac Titicaca,et pour expédier un colis en France (les premières pellicules photo à développer). Nous arpentons plusieurs fois l’Avenida des sol. La postière nous renvoie aux douanes : c’est fermé ! Les compagnies de bus, soit ne vont pas à Puno, soit affichent complet pour jusqu’à samedi ! bon, on ira aux douanes demain et nous prenons un ticket de bus pour samedi soir 19h00… ouf, on est encore bien crevés ! le soir nous passons au marché artisanal sur la plaza de armas. Véro a le projet, à notre retour de fabriquer de la bijouterie fantaisie (boucles d’oreilles, bracelets, colliers) avec des perles en céramique. Nous en achetons en grande quantité, ça ne tient pas de place et les perles sont très jolies. Nous finissons la soirée avec des pasteles (gateaux secs locaux, un délice).
Vendredi 22 février
Ce matin on se lève plus tard, petit déjeuner toujours aussi copieux (sandwichs aux œufs et au fromage, café et jus d’orange) sur le marché, on passe aux douanes, c’est ouvert. L’agent me demande si ce ne sont pas des photos pornos que j’envoie. Il y a peut-être du trafic entre pays du tiers monde et l’Europe, brrr ! ça me fait froid dans le dos ! Bon, il nous croit sur parole vu que les photos ne sont pas développées, on repart avec le tampon des douanes à la poste et en deux temps trois mouvements, c’est expédié. Après un déjeuner « empanadas y pasteles », Véro décide de rester flâner en ville et Vincent et moi nous montons visiter le site inca de Cuzco, les ruines de Sacsahuaman. Nous prenons des escaliers qui nous emmènent en une demi-heure. Les murs de pierres jointes énormes sont encore plus impressionnantes qu’à Pisac. La vue sur Cuzco est très belle… la ville est très grande avec des maisons blanches aux toits de tuiles. Le soleil perce, il se met à faire chaud. L’ambiance est particulière, mélange d’architecture espagnole et coloniale, de paysage andin et de soleil tropical. Nous retrouvons Véro devant des beignets et une bière. Après avoir acheté d’autres céramiques, nous retournons à la peňa profiter de notre dernière soirée « quena, charengo et pisco »… puis nous rentrons à l’hôtel et restons discuter fort tard avec Vincent.
Samedi 23 février
Grasse matinée… nous nous baladons dans le quartier de San Blas, puis nous rentrons faire les sacs. Il faut libérer la chambre, nous partons ce soir pour Puno. Nous laissons les sacs à la réception et partons faire un tour sur le marché (on se s’en lasse pas !). Véro trouve une petite pince pour fabriquer des bijoux. On s’achète quelques provisions pour la nuit dans le car. On finit la soirée dans le salon de l’hôtel. Un vendeur du marché nous apporte des nouvelles perles très jolies. On a de quoi faire ! enfin nous partons à pied jusqu’à l’agence de bus. On embarque à l’heure et c’est parti (presque) à l’heure ! La nuit tombe vite, la piste succède à la route, ça bouge, on se cale une nouvelle fois sur les sièges, on commence à avoir l’habitude et on s’endort.
Ce matin, après une nuit beaucoup plus calme, nous préparons les sacs. En prévision d’un voyage qui s’annonce long, nous avons deux jours de nourriture en réserve, et ça pèse lourd ! Un dernier petit tour en ville, un sandwich dans un bar et on se pointe à la « estacion », à la compagnie Urmeño. A 12h30, le bus démarre, départ pour Ica, première étape. Toujours le même paysage désertique, sable ocre ou jaune, oasis et quelques rares palmiers, une heure plus tard la panamerica nous a amené à Ica. Là nous descendons, transit en salle d’attente. Départ annoncé du bus qui vient de Lima et doit nous amener jusqu’à Cuzco : 14h00. A l’heure dite, pas de bus, je me renseigne, on me répond que c’est à 15h00 ! On attend, dans la salle d’attente … petite, bruyante et surchauffée… 16h00, rien ! Je questionne un autre employé, en fait ce bus n’a pas vraiment d’horaires, il part quand il est plein… bon, on attend, on mange des gâteaux, j’achète un journal local. A 17h15, « ¡ los passajeres por Cuzco ! », enfin, on y va, on installe les gros sacs sur le toit, on s’installe comme on peut, c’est un petit bus de 40 places et il est bien plein ! démarrage à 17h30, ouf… le paysage devient de plus en plus désertique, on aperçoit les lignes de Nazca, mais à ras du sol, il faut les deviner, on ne les voit bien que d’avion (trop cher pour notre budget). La nuit tombe, on arrive à Nazca, vers 20h00. Et un autre sandwich pour le dîner ! A 21h00, le bus repart, ça y est on tourne à gauche, on quitte la côte et très rapidement la route se met à grimper sec, virages en épingle à cheveu, on prend vite de l’altitude… Ah, j’oubliais, dès qu’on quitte la panamerica, on quitte aussi l’asphalte, il reste 670km de piste à faire ! bonne nuit ! bien calés sur nos bolsillas, on dort tant bien que mal dans les cahots.
Samedi 16 février
On se réveille avec l’aube, ça caille dur ! il y a de la neige, ça change du climat tropical et sec de la veille ! le jour se lève, des fermes isolées au toit de chaume, des lamas en liberté, on est sur l’altiplano à plus de 4000m. Le bus s’arrête dans un petit hameau, il y a quelques Indiens Quechuas et un poste militaire. Les militaires entrent dans le bus et contrôlent tout le monde. Nous sommes dans le département d’Ayacucho, là où la guérilla maoïste du « sentier lumineux » sévit, entraînant attentats aveugles (parfois contre des touristes…), prises en otage, représailles et exaction de l’armée etc. Bref, le soldat posté à l’entrée du bus, kalachnikov sur l’épaule, m’interdit fermement d’aller pisser contre un mur derrière une maison… Brrr, plutôt froid l’accueil ! Le bus repart, le paysage est un enchantement, succession de vallées et de montagnes, de haut-plateaux, nous passons des cols à plus de 4300m d’altitude, nous apercevons des vigognes (espèce de lama sauvage) et des vizcachas (sortes de petits rongeurs qui ressemblent à des lapins, mais aux oreilles plus courtes et avec une queue touffue d’écureuil). Nous commençons à perdre de l’altitude en suivant une haute vallée suivie de gorges où s’écoule un torrent gigantesque et impétueux. Les ornières se multiplient sur la piste. Les dos et les jambes se font douloureuses. Nous nous arrêtons enfin dans un village plus accueillant où nous pouvons nous dégourdir les jambes et petit déjeuner. Nous suivons le torrent pendant plusieurs heures. Le bus s’arrête. Un autre torrent affluent du premier, est sorti de son lit et passe sur la piste. Les voyageurs descendent, nous traversons le pont piétonnier un peu plus loin
. Le bus, lui s’élance sur le gué à travers le torrent en soulevant une grande gerbe d’eau. Ça brinquebale mais il passe sans trop de problèmes ! La descente continue, vers 15h00, nous arrivons à Challuanca, une petite ville. Déjeuner décalé mais bienvenu. Le chauffeur en profite pour remplacer deux pneus complètement usés… ça dure trois heures… Nous repartons à 18h00, il reste 12 heures de voyage jusqu’à Cuzco ! on se prépare pour une seconde nuit dans le bus et on tape la discute avec un voyageur canadien et un petit vieux du cru très sympa. Nous suivons toujours la même vallée et le même torrent. A 22h30 nous arrivons à Abancay, ville nettement plus grande, mais silencieuse et noire à cette heure… on voit quand même quelques fêtards qui commencent à célébrer le carnaval. Nous quittons la ville à 23h30, c’est parti pour une nouvelle nuit, avec, j’oubliais, la présence constante d’une musique mal enregistrée sur un poste au son bien nasillard, sur 3 cassettes en tout et pour tout depuis le départ… Bon, on s’endort quand même, d’épuisement.Dimanche 17 février
Vers 6h30, le lever du jour nous réveille, un peu chiffonnés… le paysage est très verdoyant, des champs, des prairies des fermes… Il pleut. On arrive enfin sur une route goudronnée, à 20km de Cuzco, ça fait du bien, on a hâte d’arriver. A 8h00, on y est, après 44h de bus ! La ville est assez belle avec ses maisons de pierre aux toits de tuiles. Comme les villages du sud de la France ont utilisé les pierres romaines, ici on a récupéré les ruines inca pour bâtir. Il y a 140 000 habitants. Le bus nous dépose près de la gare San Pedro. Les sacs sur le toit sont bien dégueux. Il pleut toujours, nous marchons dans les rues boueuses jusqu’à l’hôtel Trinitarias. L’eau est super chaude et la douche est vraiment bienvenue. Nous partons nous dégourdir les jambes. Le centre-ville, direction la poste. Une lettre de mes parents poste restante, avec la carte bleue qui nous permettra de prendre notre billet d’avion en Guyane française, dans quelques mois. C’est dimanche, sur la plaza de armas, nous petit-déjeunons au son d’un défilé militaire. La place est très vaste et belle, entourée d’arcades. Nous rencontrons Vincent, l’un des Français croisés à Huaraz. Il est avec un ami péruvien et nous propose d’aller à Pisac, où se tient un grand marché de carnaval, avec musique et danses quechuas. On hésite, on est crevé, mais c’est aujourd’hui ou jamais… alors on y va. Nous prenons un taxi, c’est un gros bourg à 30 km de Cuzco, dans la vallée sacrée des Incas. Dès qu’on arrive, c’est la fête. Les campesinos sont venus de tous les villages, toutes les montagnes et vallées alentour. Les costumes sont variés et bariolés, ça chante, ça danse, ça rit tout autour de nous. Il y a très peu de gringos. Après un petit repas pas cher et bon dans une petite échoppe, nous nous rendons sur la place. C’est payant, mais quel spectacle ! des groupes de musiciens et danseurs traditionnels se succèdent. La musique est rude, âpre, percussions et flûtes, pas d’instruments à corde (importés par les Espagnols), de la musique quechua authentique, parfois discordante pour nos oreilles tant habituées aux gammes tonales. Le spectacle est aussi dans l’assemblée de paysans qui fait son marché ou vend aux étals tout autour sur la place et les ruelles adjacentes. Nous restons un bon moment immergés quelques siècles en arrière, on se croirait dans « Tintin et le temple du soleil ». Nous décidons de nous rendre aux ruines incas au-dessus du village. On veut louer des chevaux, mais il n’y en a plus. Qu’à cela ne tienne, nous montons à pied, une heure de marche. Nous surplombons la vallée sacrée, soleil et nuages noirs, c’est magnifique. Plus prosaïque, un gardien nous attend à l’entrée des ruines et nous devons négocier un tarif d’entrée sur le site. Nous visitons des tours, l’observatoire, le temple du soleil, les habitations… les monuments importants sont faits d’énormes pierres jointes, sans ciment, parfaitement assemblées (on ne peut pas y glisser une lame de couteau). C’est extraordinaire de technologie et de précision. La vue sur le village en bas, fortifié et grouillant de monde et de couleurs, est impressionnante. A la descente nous croisons quelques Indiens bien éméchés qui nous « passent le carnaval » à coups de poings sur les jambes et de feuilles collantes sur le visage… en riant, mais ça fait mal ! bref on arrive en boitillant au village le temps de prendre une camionnette archi-bondée qui nous ramène à Cuzco. Au passage, Carnaval continue à coups de seaux d’eau, d’œufs et de farine, sur la voiture, puis sur nous pauvres piétons dans les ruelles de Cuzco en rentrant à l’hôtel. Nous y arrivons dans un piteux état. La fatigue nous envahit… quelles journées ! Un petit restau et au lit !
Lundi 18 février
Grasse matinée jusqu’à midi. Un petit déjeuner « almuerzo » copieux près du marché. Puis nous voulons aller au musée archéologique. C’est fermé le lundi, comme chez nous. On rentre faire un peu de lessive et nous ressortons en fin de journée nous balader. On craque à nouveau devant l’artisanat sur le marché. J’achète un pull en alpaca et Véro une chemise. Une bonne viande au dîner et nous partons dans une des peňas de la ville. Dans le premier bar, la musique est bonne mais il y a peu de monde et pas d’ambiance. ON boit une bière et on se tire quand arrive un groupe vraiment ringard. On sort, on entend de la musique au bout de la rue, il faut monter… et là, ambiance indescriptible ! Le bar à l’étage est bourré de monde. Les musiciens sont à fond (quena, flûte de pan, charengo, guitares, tambours…), la musique endiablée, ça danse ça chante ça crie ça tape des mains, ça applaudit… les chanteurs appellent chaque groupe de spectateurs par nationalité et c’est à qui fera le plus de tapage… Argentins, Chiliens, Boliviens, Péruviens, Brésiliens, Italiens, Espagnols, Français (on est pas beaucoup…). Deux groupes se succèdent, aussi bons l’un que l’autre, dans un répertoire de musique andine métissée. La bière est le pisco coulent à flot. A minuit, la musique s’arrête et on rentre un peu louvoyant…, les oreilles et les yeux une nouvelle fois remplis de sons et de couleurs.
Mardi 19 février
Aujourd’hui, on se lève plus tôt… bon, à 9h00. ptit déj. Sur le marché, café, sandwich au fromage, jus d’orange, super bon et vraiment pas cher. Nous allons visiter le musée archéologique. Très intéressant. Beaucoup d’art inca, un peu paracas. Il y a une collection de très belles poteries, du tissage, de l’orfèvrerie et de la métallurgie… quelques momies toujours très impressionnantes et des armes. Hélas peu d’objets en or, largement pillés et expédiés en Espagne lors de la conquête. Les seuls objets qui restent sont à Lima au musée de l’or. Il y a quand même une vitrine ici… une splendeur ! Après le musée nous déjeunons à nouveau sur le marché avant de partir pour Chinchero en microbus, à 30km de Cuzco. Le village n’est pas fantastique les ruines Incas non plus, il pleut, l’ambiance est rustique, nous trouvons une chicheria (signalé par un fanion rouge). Ici on fabrique la chicha. Deux vieilles cholitas quechuas et une jeune femme nous expliquent et nous montrent comment se fabrique cette bière de maïs fermentée sous terre. On goûte, c’est plutôt bon, un peu âpre au goût de terre. L’ambiance est très sympa. Véro achète aussi un petit métier à tisser dans une échoppe et se fait expliquer comment tisser une ceinture. Nous rentrons à Cuzco. Un plat de spaghettis, des gâteaux achetés dans une boulangerie, Véro s’achète des guêtres en alpaga au marché artisanal et voilà une nouvelle journée péruvienne de passée.
Mercredi 20 février
Aujourd’hui nous partons pour Ollantaytambo, départ du train pour le Machu Picchu . On se lève encore un peu plus tôt et après un petit déjeuner sur le marché, nous trouvons un minibus qui nous amène dans un premier temps à Urubamba une petite ville dans la vallée sacrée à 57km de Cuzco. De là un autre bus pour les 20km restants. Nous arrivons sur site vers midi. Après un petit repas pas cher pas bon, direction la gare. Et là, surprise ! pas de train ! c’est la grève ! illimitée ! Enfer ! plusieurs personnes voyant notre déception nous proposent des solutions… Le taxi, trop cher… la marche à pied jusqu’au km 82 puis un bus jusqu’à Aguas caliente dernier village où on peut dormir avant le site Inca. D’après d’autres il y aurait des bus sur le chemin… On tente la marche à pied, il y a une bonne quarantaine de km à faire le long de la voie ferrée. Si un bus passe, on verra bien ! Au bout d’une heure de marche, pas l’ombre d’un véhicule. C’est la cagne et la poussière, c’est trop galère, 80km aller-retour le long d’une voie ferrée, on n’a pas le courage. On fait demi-tour et là, un taxi ! on rentre au village, on verra, peut-être demain la grève sera levée (quizas maňana…). Nous trouvons un petit hôtel proche des ruines incas de Ollantaytambo. Le village est très beau, nous montons aux ruines, très belles aussi. Balade dans les vieilles pierres puis nous redescendons flâner dans les ruelles avant de dîner dans un café. On termine par un pancake à la banane et au miel à l’hôtel. Plus de chance demain ?
Jeudi 21 février
Et non ! on s’est levé tôt, on se pointe à la gare… toujours vide ! un employé présent nous le confirme, la grève est illimitée, pas de trains pour le Machu Picchu, quizas maňana…). On se concerte. Nous décidons de ne pas attendre indéfiniment, tant pis pour le site le plus célèbre du Pérou, nous préférons reprendre la route, d’autres splendeurs nous attendent, moins connues, moins touristiques… on s’en fiche. Après un petit déjeuner copieux et réparateur, nous reprenons le bus pour Urubamba puis un autre qu nous ramène à Cuzco. L’après midi continue dans le style galère, pour trouver un bus pour demain destination Puno sur les rives du lac Titicaca,et pour expédier un colis en France (les premières pellicules photo à développer). Nous arpentons plusieurs fois l’Avenida des sol. La postière nous renvoie aux douanes : c’est fermé ! Les compagnies de bus, soit ne vont pas à Puno, soit affichent complet pour jusqu’à samedi ! bon, on ira aux douanes demain et nous prenons un ticket de bus pour samedi soir 19h00… ouf, on est encore bien crevés ! le soir nous passons au marché artisanal sur la plaza de armas. Véro a le projet, à notre retour de fabriquer de la bijouterie fantaisie (boucles d’oreilles, bracelets, colliers) avec des perles en céramique. Nous en achetons en grande quantité, ça ne tient pas de place et les perles sont très jolies. Nous finissons la soirée avec des pasteles (gateaux secs locaux, un délice).
Vendredi 22 février
Ce matin on se lève plus tard, petit déjeuner toujours aussi copieux (sandwichs aux œufs et au fromage, café et jus d’orange) sur le marché, on passe aux douanes, c’est ouvert. L’agent me demande si ce ne sont pas des photos pornos que j’envoie. Il y a peut-être du trafic entre pays du tiers monde et l’Europe, brrr ! ça me fait froid dans le dos ! Bon, il nous croit sur parole vu que les photos ne sont pas développées, on repart avec le tampon des douanes à la poste et en deux temps trois mouvements, c’est expédié. Après un déjeuner « empanadas y pasteles », Véro décide de rester flâner en ville et Vincent et moi nous montons visiter le site inca de Cuzco, les ruines de Sacsahuaman. Nous prenons des escaliers qui nous emmènent en une demi-heure. Les murs de pierres jointes énormes sont encore plus impressionnantes qu’à Pisac. La vue sur Cuzco est très belle… la ville est très grande avec des maisons blanches aux toits de tuiles. Le soleil perce, il se met à faire chaud. L’ambiance est particulière, mélange d’architecture espagnole et coloniale, de paysage andin et de soleil tropical. Nous retrouvons Véro devant des beignets et une bière. Après avoir acheté d’autres céramiques, nous retournons à la peňa profiter de notre dernière soirée « quena, charengo et pisco »… puis nous rentrons à l’hôtel et restons discuter fort tard avec Vincent.
Samedi 23 février
Grasse matinée… nous nous baladons dans le quartier de San Blas, puis nous rentrons faire les sacs. Il faut libérer la chambre, nous partons ce soir pour Puno. Nous laissons les sacs à la réception et partons faire un tour sur le marché (on se s’en lasse pas !). Véro trouve une petite pince pour fabriquer des bijoux. On s’achète quelques provisions pour la nuit dans le car. On finit la soirée dans le salon de l’hôtel. Un vendeur du marché nous apporte des nouvelles perles très jolies. On a de quoi faire ! enfin nous partons à pied jusqu’à l’agence de bus. On embarque à l’heure et c’est parti (presque) à l’heure ! La nuit tombe vite, la piste succède à la route, ça bouge, on se cale une nouvelle fois sur les sièges, on commence à avoir l’habitude et on s’endort.
Cuzco signifie "le nombril" en Quechua. Les Incas pensaient que le nombril est le centre de toute vie, et Cuzco était pour eux l'ombilic du monde. La capitale de l'empire Inca que les conquistadores découvrirent en 1533 abritait 100.000 habitants, Cuzco conserva une certaine influence pendant les quelques dizaines d'années qui suivirent la conquête ensuite elle entama un long déclin.
Brusquement tirée de l'oubli par la découverte de Machu Picchu en 1911, c'est aujourd'hui une véritable capitale touristique, point de départ de toutes les excursions vers la vallée sacrée et porte d'accès à l'Amazonie.
La caractéristique la plus frappante de Cuzco est son architecture, d'énormes murs aux pierres parfaitement ajustées sans aucun mortier témoignent du génie artistique et technique de ce peuple, c'est un exemple typique de la fusion entre les cultures inca et espagnol. La plaza de Armas est le lieu idéal pour partir à la découverte de cette ville surprenante.
A voir à Cuzco
Parmi les édifices religieux, la cathédrale qui marie l'architecture baroque espagnole et l'admirable travail de la pierre propre aux Indiens, l'Eglise El Triunfo, l'Eglise de la Compania construite au 18éme siècle sur le site du grand palais Amaru Cancha et de l'Inca Huayna Capac, l'Eglise de La Merced l'une des plus anciennes et plus belles du Pérou, le temple du soleil.
Dans la calle Loreto s'élève, sur les vestiges d'un autre site sacré des Incas, le couvent de Santa catalina. Il y a 5 siècles ce lieu était déjà habité par des femmes cloîtrées (3.000 femmes et jeunes filles choisies pour leur beauté et leur naissance).
Le charmant quartier de San Blas parsemés de ruelles escarpées bordées de maisons blanches très anciennes aux volets et portes bleus.
Autour de Cuzco:
A 3km au nord de Cuzco se dressent les imposants vestiges de la forteresse de Sacsayhuamán, témoin du génie constructeur des Incas. Edifiée à l'aide de blocs mégalithiques, l'une d'entre elles fait 9m de haut sur 5m de large (certains pèsent plus de 15 t).
Pisac à 32km au nord de Cuzco est le site archéologique Inca le plus complet après Machu Picchu. En dehors de ses célèbres ruines, Pisac est aussi renommé pour son marché dominical.
Chincheros à 30km de Cuzco présente une grande homogénéité architecturale, et ses habitants restent attachés aux coutumes ancestrales. Chaque dimanche s'y tient un authentique marché indigène très coloré où l'on pratique encore le troc. Chincheros possède une église du 16éme siècle avec d'intéressantes œuvres d'art colonial. Un intéressant petit musé montre les objets recueillis sur les fouilles archéologiques faites près du village.
Yucay est un petit village paisible dans une belle vallée au climat agréable à 48km de Cuzco. On y trouve un palais inca fait de pierres et de briques crues, décoré de dessins.
Urubamba, village campé dans une vallée verdoyante au pied de l'impressionnante cordillère de l'Urubamba.
Ollantaytambo à 72km de Cuzco est un charmant village Indien. C'est une occasion unique de voir comment était organisé une cité Inca, car les maisons modernes se sont insérées dans le tissu urbain ancien sans en modifier le tracé. C'est aussi une impressionnante forteresse préhispanique qui domine la vallée de ses temples et terrasses unis entre eux par un système complexe de canaux d'irrigation et découlement.
Remarques :
Cuzco est à 3.400m d'altitude, ce qui signifie que les nuits sont froides, mais que heureusement les journées sont ensoleillées (surtout d'avril à octobre), il convient donc de faire très attention aux coups de soleil.

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