Huaraz 2
Samedi 2 février
Un peu de repos et de lessive ce matin. Un nouveau voyageur est arrivé depuis hier à la pension. Il s’appelle Fréderic, est originaire de La Rochelle et a bossé comme berger en Alpage au Grand Saint Bernard. L’après-midi, nous partons en excursion à Chancos, à une quarantaine de kilomètres de Huaraz, en remontant la vallée du rio Santa, en longeant la Cordillère blanche. Nous attendons patiemment que le bus se remplisse. Une fois bondé, nous démarrons et une heure plus tard nous voilà à l’entrée du village. Et là, direction « los baňos ». Chancos est une station thermale. Les eaux sulfureuses jaillissent à 85° C. Certains viennent avec leurs gobelets et leur sachet de thé… Nous nous réservons une « baignoire familiale », en fait une mini-piscine carrée de 3m sur 3 dans une pièce fermée. Nous sommes seuls, Véro et moi et nous nous plongeons tous les deux, avec délice, nus, dans l’eau à 46°. C’est très chaud, et nous avons du mal à y rester très longtemps. Mais quelle sensation de détente ! Plus loin en aval au fur et à mesure que le ruisseau se refroidit au contact de l’air, d’autres bains, puis la piscine à 25°, pleine de monde parce que c’est samedi et que les gens du coin viennent. D’ailleurs nous sommes quasiment les seuls gringos dans l’établissement. Nous allons boire un coca dans une échoppe. Nous discutons avec la patronne qui nous parle de ses 5 enfants et de ses difficultés pour les élever. « Vous voudriez pas me prendre le dernier par hasard ? ». La misère et le catholicisme, l’absence de contraception font des ravages… Nous rentrons rincés…
Dimanche 3 février
Aujourd’hui grasse mat’. La turista fait encore des siennes… Lecture, petite balade en ville… Le soir « oh que rico » avec Fréderic qui revient de Chavin. Poulet à la braise arrosé de bière.
Lundi 4 février
Ce matin on se lève tôt, on voudrait retourner à Chanco avec Frédéric. Mais aujourd’hui pas de bus et aucune voiture n’y monte… Nous renonçons après une heure d’attente au bord de la route. On se rabat sur le marché d’Huaraz après un détour par la poste (des nouvelles à nos petites familles) et à la banque où il nous a fallu développer des trésors de patience et des talents de négociateurs pour arriver à changer nos travellers cheques. Le marché est très étendu et, lieu commun dans ces régions du monde, très coloré. Des cholitas vêtues de toutes les couleurs plus vives les unes que les autres se tiennent derrière et devant les étals protégés par de grandes toiles claquant dans le vent frais de la cordillère. Nous achetons des fruits, du fromage et des mantas multicolores (tissus que les femmes mettent sur le dos pour y porter le bébé, le riz, les poules… ou pour se couvrir..). Comida à la pension, puis nous partons marcher l’après-midi en direction de la Cordillera negra (plus basse donc sans neige, elle fait face
à la blanca, enneigée, de l’autre côté de la vallée). Comme des aiguilles rouges pour le Mont-blanc , la vue est magnifique sur le Huascaran sommet culminant du Pérou avec ces 6766m d’altitude. Nous nous attardons pour admirer les reflets orange puis rose du coucher de soleil sur les rondeurs du sommet. Nous redescendons pile pour déguster une truite de torrent au Oh que rico…Mardi 5 février
Départ pour les lagos Llanganuco, de beaux lacs glaciaires au-dessus de Yungay près du Huascaran. Lever à 7h45, départ à 9h00 avec un tour organisé en minibus. Nous sommes trois Français avec Fréderic, plus deux Argentins et un couple de Péruviens. Nous avons un guide. Nous descendons la vallée jusqu’à Yungay en passant juste sous le Huascaran et de ses majestueuses rondeurs. L’ancienne ville de Yungay, nous offre un paysage de désolation : elle a été détruite par un séisme en 1970, toute la ville est enfouie sous trois mètres de boue. Seuls, quelques palmiers rescapés, de la ferraille et un mur de la cathédrale émergent… 30 000 morts… La nouvelle Yungay s’étale, sans charme, du préfabriqué. Nous quittons la désolation pour monter rudement sur une piste. 25 km plus loin le lac Llanganuco d’un bleu-vert profond. Les nuages nous empêchent malheureusement de voir les sommets avoisinants. Nous redescendons déjeuner à Caraz dans un joli restau. Nous laissons Fréderic à Caraz et revenons par la route bordée de plantations de fleurs. Le ciel se dégage et nous permet de voir le Huandoy (6395 m). Le soir, revenus à Huaraz, après un bon repas (steak et omelette-banane énorme…), nous discutons à la pension avec Esther, la maîtresse des lieux et deux Limeňos qui viennent randonner. La discussion est intéressante et nous permet d’améliorer notre espagnol… mais il y a des sujets délicats : la prochaine venue du Pape à Lima occupe tous les esprits, ils sont très cathos. Pas la peine de les heurter, nous les athés ! Hasta maňana !
Mercredi 6 février
Nous aurions dû prendre le bus pour Lima… mais Véro affiche 38°5… et une belle « turista » ! Ce matin, tout allait bien pourtant. Beau temps, presque chaud, ptit déj. à 9h00, cool, lessive, petit tour de marché en prenant quelques photos, « comida en la casa » fromage, banane, mangue, jus de citron… bon les fruits peut-être, bref Véro commence à se sentir pas très bien. Nous partons quand même visiter le musée local, petit mais intéressant quant à l’archéologie de la région, riche en période préincaïque, notamment la célèbre culture chavin. Les sculptures de pierre sont particulièrement mises en valeur dans le jardin du musée. Les poteries à forme d’animaux sont également très belles… mais il faut écourter notre visite, Véro se sentant de plus en plus mal. Elle part se coucher, on va rester un peu plus à Huaraz, ce qui n’est pas non plus pour me déplaire… je pars manger seul et je reviens la border.
Jeudi 7 février
Très mauvaise nuit, Véro malade, au bactrim ce matin. Je pars lui acheter du riz. Après manger (arroz… no mas), je pars en direction des ruines de Wilcahuayn, au-dessus de Huaraz. Une jolie montée sur un chemin ponctué de « ¡ hola, caramelos por favor ! » comme pour Pitec. Certains entament une conversation plus poussée et me demandent d’où je viens… 8km et une heure et demie de marche, j’y suis. Le site est très beau, un fort inca de grosses pierres jointes et surmonté d’un toit recouvert d’herbe, perché sur un contrefort de la Cordillère blanche et surplombant la vallée et Huaraz. Il y a deux statues, une tête et un homme entier. La magie du lieu est accentuée par de la musique andine qu’on entend au loin (un groupe qui répète). Je me ressource un moment enivré par le lieu et l’altitude. Mais il faut bien redescendre… à fond, en courant. J’arrive mort de soif, je n’avais pas pris d’eau et les ruisseaux du coin, qui passent entre les hameaux sont à éviter… j’achète un fanta à un gamin au passage, et je me fais quelques ampoules au pieds. Bon je retrouve Véro à la pension qui commence à aller mieux, je prends une douche et c’est reparti ! Véro
toujours à la diète par précaution, moi je file au « oh que rico ». Je m’offre un pisco sour (un régal) puis du cuy (prononcer couille et oui…), bref du cochon d’Inde, c’est fin, ça se mange sans faim (sans rire). Le fils du patron me fait la causette. On discute de plein de sujets (mon espagnol s’améliore de jour en jour), politique locale notamment, les élections présidentielles approchent (le 18 avril). On parle social aussi et j’apprends qu’un ouvrier gagne en moyenne 300 000 soles par mois. On cause culture, musique, quechua, métissage… Au moment de payer, je m’aperçois qu’en changeant de pantalon tout à l’heure, je n’ai pas transféré le porte-monnaie ! Damned ! ou plutôt ¡ Caramba ! Bon, ils sont sympas, ils ne me gardent pas en otage et acceptent que je repasse régler demain. Une fois rentrée Véro (qui se remet) et moi on discute encore avec Jim, notre hôte et un routard québecois. Puis un thé et au lit.Vendredi 8 février
Journée tranquille. Véronique se remet doucement, moi j’ai mes ampoules aux pieds. Nous partons au marché dans le but de dénicher un peu d’artisanat andain, il paraît que c’est bien moins cher qu’à Cuzco, ville bien plus touristique. Nous trouvons des objets en laine de lama et d’alpaca. Nous achetons quelques tentures, des bonnets sympas… Nous décidons à nouveau de reporter notre départ. C’est le week-end, ce soir on va en boîte. Esther et Jim nous amènent à l’« Imantata ». Des graffitis de célébrités allant de l’alpiniste (ici on dit andiniste) Desmaison au chanteur Phil Collins décorent les murs. La musique est bonne (rock international), mais il y a peu de monde… Soirée sympa quand même… Ici personne ne danse en solo, il faut inviter une partenaire, quelle que soit la musique.
Samedi 9 février
Lever à 7h00, nous avons prévu de partir sur l’altiplano, à la quebrada Pasto ruri, un endroit paraît-il magique juste sous un glacier et où l’on peut trouver la plante rare et géante (jusqu’à 10/12m de haut !), de la famille des broméliacées ( ?), la puya raimondii, qui produit une fois dans sa vie une inflorescence en épi de près de 3500 fleurs. Départ vers 8h30. nous prenons avec d’autres voyageurs, français et péruviens un bus… qui tombe en panne au bout de quelques kilomètres… bon, on répare et on repart, jusqu’à l’embranchement de la piste qui va vers le col de pasto ruri. Nous marchons en espérant être pris au passage par un camion qui monte aux mines de la Union. Au bout d’une heure de marche, toujours pas le moindre camion en vue… Véro fatigue et râle… il se met à pleuvoir, les autres courent devant, on n’arrive pas à suivre, nous décidons tous les deux de redescendre. Sur le chemin du retour une camionnette nous prend en stop jusqu’à Catac, puis nous en trouvons une autre pour Recuy et enfin un collectivo jusqu’à Huaraz. Ici le stop implique que le voyageur donne une petite participation financière… qu’il vaut mieux parfois négocier à l’avance. Mais là tout c’est bien passé, chauffeurs sympas. Sauf que le taxi collectif nous a fait un peu attendre, jusqu’à ce qu’il soit plein. Bon, c’était quand même un peu la déroute, même pour les autres qui nous ont rejoint un peu plus tard aussi dépités que nous. Ils ont choppé la grêle et n’ont pas pu rentrer dans le parc apparemment parce qu’un des Péruviens avait un fusil et a tué un canard !
Dimanche 10 février
Cette fois c’est décidé, on part ce soir pour Lima. Mais avant de prendre un bus de nuit, Esther et Jim nous invitent avec les autres voyageurs pour le dîner. Cochon d’Inde maison ! Véro décide de faire des crêpes pour le dessert. Nous partons à quatre mecs faire les courses au marché. On en profite pour goûter la chicha locale, boisson fermentée à base de maïs, délicieuse, un goût de cidre et de miel. L’après-midi, il fait beau et chaud. La sieste au soleil se transforme, grâce à Jim en bagarre générale à coups de seaux d’eau… c’est la période de carnaval, œufs, farine, teinture rouge, tout y passe dans un grand chahut où s’affrontent hommes et femmes. La tenture a du mal à partir sous la douche, je manque m’électrocuter aux fils de la résistance chauffante qui pendouillent tout près du jet… Le soir arrive, nous nous installons dehors devant la cuisine au feu de bois.
Cebiche de sardine en entrée, puis les cuyes préparés (et tués le matin même…) par Jim. Un délice ! Nous terminons par des bananes flambées par votre serviteur puis on essaie de faire des crêpes sur le feu de bois. Là ça se gâte ! ça attache, ça brûle, bref ça foire, mais on se marre quand même, grâce à mama chicha. L’heure du départ arrive et nous quittons nos hôtes le cœur serré. Jim et Esther nous accompagnent à la gare routière. Nous nous disons adieu après un échange de petits cadeaux. Le bus démarre à 21h30. On s’installe aussi confortablement qu’on peut et on essaie de dormir dans les cahots…

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